Après sa défaite face à la France (3-1) pour son entrée en lice au Mondial 2026, le Sénégal prépare d’arrache-pied son match contre la Norvège ce mardi à 00h GMT. Une rencontre capitale pour Pape Thiaw et ses hommes, qui sont dans l’obligation de prendre des points et de se relancer dans la course à la qualification pour les huitièmes de finale, alors que les Norvégiens comptent déjà trois points.
Si au niveau des joueurs et du staff la concentration, la confiance et la détermination sont bien présentes – notamment après les 45 premières minutes de haut niveau livrées face à la France, qui laissent penser que l’équipe possède de sérieux arguments pour faire plier la Norvège –, la réalité en coulisses est beaucoup moins reluisante.
Si le groupe se veut uni et focalisé sur son objectif sportif, une série de dysfonctionnements majeurs et de choix dictés par la Fédération sénégalaise de football menacent de faire imploser la tanière en plein tournoi américain. Alors que sur le terrain la vie de groupe reste positive, certains grains de sable sont en train d’enrayer la mécanique et pourraient à terme avoir des conséquences fâcheuses, voire saper définitivement le moral des troupes.
Le premier secret de polichinelle que l’instance fédérale tente d’étouffer concerne les primes des joueurs. Selon les informations de Sport News Africa, les primes prévues pour les internationaux sénégalais n’ont toujours pas été payées. Une situation d’autant plus incompréhensible en interne que la FSF a pourtant perçu, et ce depuis plusieurs mois, les enveloppes astronomiques des Prize money de la CAN 2025 ainsi que les bonus liés à la qualification pour cette Coupe du monde. Où est passé cet argent et pourquoi les primes n’ont-elles pas encore été réglées ? Des questions qui commencent à agiter sérieusement un vestiaire qui n’était plus habitué à composer avec cette situation.
À cet imbroglio financier s’ajoute un déficit logistique qui suscite une forte frustration au sein de la sélection : l’hébergement. L’hôtel choisi par les dirigeants pour servir de camp de base aux États-Unis n’est absolument pas aux standards d’une équipe de ce rang. En privé, plusieurs joueurs expriment leur dépit face à ce cadre austère, qui contraste violemment avec les moyens considérables déployés par cette même FSF pour loger l’équipe dans des conditions d’excellence absolue à Tanger lors de la CAN 2025.Une cuisine au rabais, des joueurs qui commandent des repas
Pour ne rien arranger, des économies drastiques ont été imposées au staff accompagnant. Le chef cuisinier de la sélection, qui avait été dépêché pendant toute la dernière CAN pour garantir l’équilibre nutritionnel des Lions, a tout simplement été privé de voyage. Cette absence se ressent directement dans l’assiette des joueurs. Face à une restauration d’hôtel jugée médiocre et inadaptée aux exigences du sport de très haut niveau, certains Lions commandent régulièrement de la nourriture à l’extérieur pour pouvoir s’alimenter correctement.
Ces manquements graves contrastent avec la préparation et la gestion millimétrée de la CAN, au point que l’on peut se demander si c’est la même équipe logistique qui s’est occupée de préparer le camp de base des Lions ou si d’importantes coupes budgétaires occultes sont passées par là. Pourtant, au niveau fédéral, la rigueur semble à géométrie variable. Pendant que les joueurs subissent une intendance au rabais, certains membres de la Fédération vivent sur un grand train : ils ont fait venir en masse aux États-Unis leurs familles et leur entourage personnel, constituant une délégation pléthorique et budgétivore… entièrement aux frais de la FSF. Des passe-droits et des passe-plats qui rappellent la gestion de l’ancien bureau fédéral lors du Mondial 2018 en Russie.
La situation contractuelle de Pape Thiaw n’a pas évolué, toujours sans salaires
Au milieu de tous ces dossiers, reste le plus épineux : celui du sélectionneur national Pape Thiaw, qui pourrait être une véritable bombe à retardement juridique. Alors qu’avant le départ pour le stage de préparation aux USA, il avait été révélé publiquement que Pape Thiaw accusait cinq mois d’arriérés de salaire et que son contrat était arrivé à son terme, la situation n’a pas bougé d’un iota. Malgré la garantie solennelle du Président de la République du Sénégal qui s’était voulu rassurant sur ce sujet, la Fédération refuse pour l’heure de signer le nouveau contrat de son technicien, d’après les informations de SNA.
Pour justifier cette inertie, l’instance se retranche derrière le fait que l’urgence des matchs importants exige de régler cette question dans un second temps. Un calcul cynique pour jouer la montre et attendre de voir les performances exactes des Lions durant ce Mondial avant de décider s’ils reconduisent Thiaw ou s’ils s’en séparent à moindres frais en cas d’élimination ? Conséquence : c’est un sélectionneur sans contrat, sans aucune base légale et privé de ses émoluments depuis près d’une demi-année qui est actuellement assis sur le banc du Sénégal en pleine Coupe du monde.
C’est dans ce climat d’extrême précarité professionnelle et d’amateurisme institutionnel que Pape Thiaw doit manager ses troupes et que les Lions doivent composer pour deux matchs couperets. Loin, très loin du cadre serein et de la préparation rigoureuse qui avaient fait le succès du Sénégal à la CAN 2025.
wiwsport.com avec Sports News Africa











