Génie connu de tout le monde de l’Esport, Mohamed Diop est en phase d’écrire une page inédite de l’eSport sénégalais : celle de la première participation du pays à l’Esports Nations Cup. Capitaine des eLions sur EFC (ex-FIFA), il portera le maillot national lors de cette première édition, désormais reportée à novembre 2027 à Riyad, en raison d’incertitudes liées au contexte régional au Moyen-Orient.
Loin de l’image d’un joueur uniquement tourné vers l’écran, il mène en parallèle un parcours académique exigeant – licence en finance aux États-Unis, études en politiques publiques, master en relations internationales à Johns Hopkins – et adresse un message clair aux plus jeunes : la passion ne dispense pas des études.
Dans cet entretien avec Wiwsport, celui qu’on surnomme KingCJ0 revient sur l’honneur de représenter le Sénégal, le rôle de capitaine, sa préparation, la réalité économique de l’eSport et la place qu’il imagine pour lui dans cinq ans.
- L’entretien
Qu’est-ce que cela fait pour toi représenter le Sénégal à l’Esport Nations Cup 2026 ?
Quand j’ai commencé à faire de la compétition je n’imaginais pas ce moment où je pourrais représenter le Sénégal dans un événement majeur. Donc je suis extrêmement honoré et j’aimerais bien représenter mon pays avec toute la fierté que j’ai et j’aimerais bien délivrer une bonne coupe du monde. Je voudrais surtout faire de mon mieux afin de ramener la coupe à la maison inch’Allah.
Comment vis-tu le fait d’être capitaine des eLions ?
Je suis extrêmement ravi de dire aujourd’hui que je vais être le capitaine de l’équipe nationale sur EFC. Je tiens beaucoup au Sénégal et je suis là-bas presque chaque année pour les vacances. Je supporte l’équipe nationale de football et maintenant en tant que capitaine sur le jeu EFC qui s’appelait FIFA auparavant. C’est donc une fierté exceptionnelle.
Est-ce une pression supplémentaire ou une motivation encore plus grande ?
Je prends ça comme une motivation supplémentaire. C’est la première fois que je pourrai marquer l’histoire esportif du Sénégal. C’est la première fois que notre pays va participer à une coupe du monde d’esport de cette envergure en Arabie Saoudite. Ça se tiendra en novembre (reportée jusqu’en novembre 2027) inch’Allah. Ça va être intéressant puisque j’ai déjà fait une Coupe du monde individuelle des clubs. Donc je pense que mentalement je suis prêt pour l’échéance à venir et j’espère y réaliser un exploit pour le Sénégal.
Comment cela se passe avec les moyens et le dispositif au moment de prendre part à une compétition ?
J’ai un coach qui m’aide dans l’analyse tactique, dans tout ce qui est stratégie de jeu et autres. J’ai aussi un préparateur mental qui m’aide dans la gestion des compétitions et dans ce genre de tournois, l’aspect mental compte beaucoup. J’ai aussi besoin de sparring partners et c’est souvent des européens parce que c’est là-bas où se trouve la crème de l’esport. Cela m’aide à beaucoup me préparer.
Au-delà de l’eSport, quelle autre activité professionnelle t’occupes dans la vie ?
Au-delà de l’eSport, je m’intéresse beaucoup à l’éducation et j’aime la promouvoir. J’ai d’abord obtenu une licence en finance aux États-Unis, puis j’ai poursuivi des études en politiques publiques. En ce moment, je prépare un master en relations internationales à l’université Johns Hopkins. Je me concentre actuellement sur ma carrière sportive, tout en accordant une grande importance aux études. Pour moi, c’est essentiel. J’aimerais aussi rappeler aux jeunes qu’il faut suivre sa passion, mais aussi investir dans ses études. Cela permet d’avoir un plan B si les choses ne se passent pas comme prévu.
L’eSport paye-t-il son monde actuellement ?
C’est une très bonne question. Dans l’eSport, il y a plusieurs catégories de joueurs. Il y a d’abord les joueurs compétitifs, c’est-à-dire tous ceux qui jouent à un jeu de manière compétitive. Pour moi, cela ne fait pas automatiquement d’eux des joueurs professionnels. Un joueur peut-il vraiment bien gagner sa vie ? C’est extrêmement difficile. Il faut déjà faire partie du groupe restreint qui se qualifie pour la Coupe du monde. Comme je le disais, la Coupe du monde a offert 250 000 dollars (environ 143 millions FCFA). Il est donc possible d’en vivre à plein temps, mais seulement si l’on fait partie des meilleurs au monde, afin d’en faire une carrière suffisamment rémunératrice.
Alors est-ce qu’on peut dire que Mohamed Diop gagne bien sa vie grâce à l’eSport ?
D’abord, je pense que l’eSport m’a ouvert plusieurs portes et m’a permis de saisir des opportunités que je n’aurais pas eues autrement. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce milieu, c’est de pouvoir rencontrer des personnes qui évoluent dans le sport et dans l’eSport. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises au cours de ma carrière, et ces rencontres ont beaucoup compté. Ensuite, sur la question de savoir si je gagne bien ma vie grâce à l’eSport, je ne formulerais pas les choses de cette façon. Je ne dirais pas forcément que je gagne très bien ma vie, mais je considère que c’est suffisant. Pour l’instant, les choses se passent bien, et c’est déjà important.
Quel message aimerais-tu faire passer au jeune sénégalais qui est passionné d’eSport ?
Quand j’ai commencé à jouer en compétition, je n’avais que 16 ans et j’allais dans des tournois où je cotisais pour participer. Puis avec l’âge, j’ai commencé à prendre part à des tournois professionnels qui m’ont permis d’avoir accès à de grandes compétitions et du coup avoir accès à de grandes cagnottes. C’est une carrière qui peut changer la vie, mais encore une fois je le répète : il est primordial de faire des études en parallèle de la passion pour l’eSport. C’est une passion qui offre beaucoup d’opportunités, mais il faut aussi prendre conscience que ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire toute sa vie.
Où te vois-tu dans 5 ans ? Toujours en compétition, ou plutôt dans un autre rôle ?
Toujours en compétition plutôt dans un autre rôle que créateur de contenu business. Bon comme je l’ai répété moi je suis en ce moment à mon bac + 6 et bientôt +7 – et en même temps, réussir dans la vie. Après, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve, mais je prendrais toutes les belles surprises.
wiwsport.com – Entretien réalisé avec Jean Joseph





















