Il a eu une carrière réussie en tant footballeur et entraîneur, mais principalement en tant que sélectionneur. Dans ce costume, il a laissé ses empreintes sur les équipes nationales de son pays bien-aimé.
Marie Joseph François Koto, figure illustre avec plusieurs décennies d’expérience dans le football national comme international, est décédé ce jeudi 14 octobre 2021 dès suite d’un malaise, qui l’a attrapé alors qu’il déjeunait dans un restaurant de la place. Boud’Chou, de son célèbre surnom laisse derrière lui un souvenir indélébile dans le football sénégalais.
Après plus d’une vingtaine d’années en tant footballeur, au cours desquels il a ardemment défendu les couleurs de l’Association Sportive et Culturelle Jeanne d’Arc de Dakar, l’un des Clubs les plus anciens du pays, Joseph Koto a commencé une brillante carrière d’entraîneur au point de s’imposer comme l’un des sélectionneurs les plus dévoués de l’histoire du Sénégal.
Le défi local
Au bout de ses premiers pas en tant qu’entraineur adjoint à la Jeanne d’Arc de Dakar, Joseph Koto part à la conquête locale en prenant les reines de la sélection locale. Sous ses ordres, le Sénégal se fait un nom dans le tournoi interrégional de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). Une compétition qu’il réussira à remporter à plusieurs reprises et pour une dernière fois en 2011.

Avec la même sélection locale, Joseph Koto mène le Sénégal à la demi-finale de la première édition du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) disputée en Côte d’Ivoire en 2009. Terminant deuxième de la phase de groupes dans la Poule A avec le même nombre de points (5) derrière la Zambie, la bande à Boud’Chou, emmenée par un certain Alpha Oumar Sow, meilleur buteur de l’équipe, est éliminée en demi-finale par le Ghana (1-1 a.p ; 6-7 t.a.b), avant de perdre le match de la troisième place devant la Zambie (1-2).
Le challenge en Equipe Nationale A
Quatre années après avoir emmené l’Equipe Nationale locale en demi-finale du CHAN 2009 et un an (en 2011) après avoir décroché un nouveau trophée dans le tournoi de l’UEMOA, Joseph Koto accepte de relever l’énorme défi qui était de prendre les reines – en tant que sélectionneur par intérim – de l’Equipe Nationale A du Sénégal en 2012. Il remporte deux de ses trois premiers matchs, dont une victoire en amical contre le Maroc.
Des premiers résultats plutôt satisfaisants, Boud’Chou parvient à convaincre la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), qui va jeter son dévolu sur lui et le nommer sélectionneur principal des Lions le 5 juillet 2012. Secondé par le regretté Karim Sega Diouf, alors sélectionneur de l’Equipe Nationale Olympique du Sénégal, Koto devait s’atteler, dans l’immédiat, à préparer les qualifications à la Coupe d’Afrique des Nations en 2013.
Mais l’ancien joueur de la Jeanne d’Arc ne fera pas longtemps sur le banc des Lions, car quatre mois plus tard, il sera démis de ses fonctions. Pour cause, l’élimination ou plutôt la disqualification du Sénégal de la CAN 2013 après un match contre la Côte d’Ivoire interrompu à cause d’incidents causés par des supporters, le 13 octobre 2013, au Stade Léopold Sédar Senghor.
« Le comité exécutif, après examen de la situation, examen des rapports qui nous ont été soumis, a pris un certain nombre de mesures, dont la première consiste à mettre fin aux fonctions de l’encadrement technique. (…) L’entraîneur Joseph Koto et son adjoint Karim Séga Diouf étaient liés par un contrat d’objectifs qui n’a pas été atteint même si (…) Joseph Koto a eu à donner des gages de qualité dans le travail », déclarait devant la presse le Président de la FSF, Augustin Senghor.

La naissance des Koto-Boys
Alors démis de ses fonctions d’entraineur de l’Equipe Nationale A du Sénégal, Joseph Koto ne fera pas beaucoup de temps avant de retrouver un poste, puisque dans la même année, il prend les reines de l’Equipe Nationale U20. Et commença un parcours honorifique. Après des débuts poussifs qui ont même failli lui coûter son poste en 2013, son équipe commence à trouver la réussite notamment lors de la Coupe des nations de l’UFOA de 2013, à Kumasi, où le Sénégal s’incline en finale devant le pays organisateur, le Ghana.
Deux ans plus tard, le Sénégal abrite en 2015 la Coupe d’Afrique des Nations U20. La naissance d’une nouvelle et brillante génération. Tout, dans les mains de Joseph Koto. Au cours d’une phase de groupes durant laquelle il arrache sa qualification après une défaite, un match nul et un mémorable 4-3 contre le Congo lors de la 3e et dernière journée, la formation de Koto accède en demi-finale.
Calme, serein toujours surs de ses choix, Joseph Koto conduit le Sénégal à sa première finale de Coupe d’Afrique de la catégorie, puisque les Lionceaux dominent 2 à 1 le Mali sur un doublé de Moussa Koné, actuel attaquant du Nîmes Olympique. « Aujourd’hui est un grand jour pour moi. En ce jour de Saint Joseph je remercie vraiment les jeunes pour m’avoir offert cette joie. Je félicite aussi l’équipe du Mali qui tombe les armes en main. C’est le sport et la chance fait la beauté du football », se félicitait Koto tout juste après la rencontre.
Le plus inattendu était réussi : le Sénégal se qualifie alors en finale. Au Stade Léopold Sédar Senghor, Joseph Koto et ses poulains ne parviendront pas à prendre la revanche devant une équipe du Nigeria qui leur avait battu (1-3) lors de la première journée du tournoi. Les Lionceaux s’inclinent sur la plus petite des marges et se consolent avec la médaille de bronze, mais surtout avec une première qualification à la Coupe du Monde de la catégorie.
La conquête néo-zélandaise, les longues nuits
Deux mois après avoir terminé à la deuxième place de la CAN 2015, Joseph Koto mène presque le même groupe en Nouvelle-Zélande pour la première Coupe du Monde disputée par une sélection U20 du Sénégal. Logé dans la Poule C en compagnie du Portugal, de la Colombie et du Qatar, le Sénégal décroche l’une des quatre places de meilleur troisième avec quatre points. La bande à Koto croise le fer avec l’Ukraine, première du Groupe A, en huitième de finale.
Le sélectionneur fait parler de son talent depuis le banc de touche et de celui des ses joueurs sur la pelouse. A l’arrivée et pour le moins surprenant, la bande à Koto s’impose face aux Ukrainiens après tirs au but (1-1 a.p). Les longues nuits se poursuivent pour le plus grand bonheur du peuple sénégalais. « C’est une victoire très importante pour le peuple sénégalais. Je tiens à remercier tous ceux qui étaient dans le stade ce soir pour leurs encouragements. Nous n’étions pas venus ici pour faire de la figuration. Nous avons préparé ce tournoi très sérieusement, avec l’intention de faire un beau parcours. Maintenant que la phase de groupes est derrière nous, il n’y a plus de calculs à faire. Nous avons gagné en confiance au fil de la rencontre. J’ai dit aux garçons après coup que ce n’était pas encore fini. Cette compétition ne s’achèvera qu’après la finale, c’est notre objectif », admettait Koto.

En quarts de finale, les Lionceaux arrachent un succès historique devant l’Ouzbékistan grâce à une réalisation de Mamadou Thiam (77e), servi par Rémi Nassalan. Très tard dans la nuit, le Sénégal est en demi-finale d’une Coupe du Monde de football, beaucoup avait du mal à réaliser ce qui était entrain de se passer. Tout vibrait dans les rues de la capitale du Pays de La Terranga. Koto et ses poulains venaient d’écrire une page ineffaçable dans le football mondial.
« Nous prions beaucoup depuis le début de la compétition et nous avons intensifié nos prières ces derniers jours. Je tiens à féliciter mes joueurs car aujourd’hui, ils ont fait un match réellement héroïque. Nous nous attendions à un match très difficile, et il l’a été. Mes joueurs se sont bien battus et nous sommes tous très heureux. Je peux vous assurer qu’à l’heure où je vous parle, Dakar ne dort pas. Tout le monde s’attendait à nous voir perdre 5-0, 6-0, 7-0 à chaque match, mais l’équipe a progressé et maintenant tout le monde veut nous voir jouer », se réjouissait le regretté Koto.
Tout est bien qui finit bien, même en perdant par 5 à 0 en demi-finale face au Brésil de Gabriel Jesus. En réalisant l’exploit d’atteindre le dernier carré, la mission a déjà été accomplie et Joseph Koto avait bâti sa réputation en tant sélectionneur et celle d’un groupe doré. Sénégalais, on ne pouvait pas rêver mieux. Joseph Koto non plus. « Notre objectif à l’arrivée était de sortir de la phase de groupes et nous l’avons fait. Nous avons bien joué mais nous avons perdu ce match par manque d’expérience. C’est une grande aventure pour nous et une réussite vu que c’est notre première participation à ce tournoi et nous sommes arrivés à ce niveau. Notre équipe s’est bien comportée et Dieu nous a aidé dans nos victoires », disait-il après la défaite contre le Brésil.

Et Seydou Sy, Ibrahima Sy, Khadim Ndiaye, Al Hassane Sylla, Elimane Cissé, Moussa Wagué, Andalinou Correa, Mohamed Sané, Pape Abou Cissé, Roger Gomis, Mamadou Loum Ndiaye, Sidy Sarr, Abdoulaye Dione, Fallou Niang, Alassane Sow, Moussa Koné, Malick Niang, Ibrahima Wadji, Mamadou Thiam, Pape Diéne Faye Rémi Nassalan formèrent la première catégorie des Koto-Boys.

La confirmation
Deux ans plus tard, après avoir écrit une belle page en Nouvelle-Zélande, Joseph Koto conduit à nouveau un groupe de jeunes talents à la CAN U20 de 2017. Le Sénégal atteint à nouveau la finale avant de s’incliner contre toute attente face à la Zambie. Et pour la seconde fois consécutive, Joseph Koto emmène le pays en Coupe du Monde de la catégorie. Cette fois, en Corée du Sud. Il parvint à finir deuxième de la Poule F avant de s’incliner en huitième de finale contre le Mexique (0-1).
C’est ainsi que Lamine Sarr, Idrissa Ndiaye, Mamadou Moustapha Seck, Waly Diouf, Mamadou Diarra, Mamadou Mbaye, Moussa Ba, Jean Jacques Idrissa Ndecky, Souleymane Aw, Alioune Badara Guèye, Cheikh Ahmadou Bamba Kane, Ousseynou Cavin Diagne, Krépin Diatta, Souleye Sarr, Ibrahima Niane, Pape Habib Guèye, Mouhamed Pouye, Mor Talla Nguer, Dominique Miquilan, Ibrahima Ndiaye, Aliou Badji, Akhibou Ly et Ousseynou Niang rentrèrent dans le cercle fermé des surnommés Koto-Boys.

Le dernier virage
Fin d’un long et réussi parcours à la tête de la sélection U20, Joseph Koto peut être fier de son travail et donne tranquillement la relève à Youssouph Dabo. Tout de même, Boud’Chou garde toujours un dévouement sans faille pour les sélections. C’est par la suite qu’il prend les reines de la sélection locale et olympique. Sa dernière conquête en tant que sélectionneur du Sénégal s’est déroulée chez les locaux, avec lesquels il atteint la finale de la Coupe COSAFA, dont le Sénégal était invité. Soixante-et-un ans de vie, plus de deux décennies de bons et loyaux services pour son peuple, Marie Joseph François Koto, le bâtisseur national … Adieu Boud’Chou !!!
RIP Coach Koto 🙏🏽
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— wiwsport (@wiwsport) October 14, 2021
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