Président de Diamono Kaolack, club de N1, Alioune Fall Diop trouve que la Fédération sénégalaise de football aurait pu trouver le moyen de reprendre les compétitions de football et d’éviter une année blanche.
Entretien.
La Fédération vient d’arrêter tous les championnats et a déclaré la saison sportive blanche. Comment Diamono de Kaolack dont vous êtes le président a accueilli cette décision ?
C’est une décision surprenante et elle suscite des interrogations. C’est juste un paradoxe par rapport aux réalités actuelles. Comment peut-on arrêter des compétitions organisées, régulées et supervisées pendant que tout le monde joue au foot actuellement sur toute l’étendue du territoire de façon informelle ? L’année blanche était bel et bien évitable. Mais pour cela, il fallait prendre le temps de mûrir un vrai plan de reprise. J’imagine bien que le ministère des Sports et le chef de l’État attendaient des propositions concrètes qu’ils n’ont jamais reçues pour pouvoir «déconfiner» le football. Et ça, c’est le rôle des dirigeants de la Fédération et des Ligues. Car l’État leur a délégué le football. Ils doivent chercher des solutions. Et cela, pas simplement pour le coronavirus mais aussi l’autonomie financière du sport en général et du football en particulier.
Cette saison était votre première en tant que président de club. Comment trouvez-vous le football local sénégalais ?
C’est une première expérience très enrichissante. J’avoue que j’étais beaucoup plus dans la peau d’un directeur sportif plutôt que dans celle de président. J’assistais aux entraînements et aux matchs. Je faisais, avec le staff technique, les évaluations après chaque match. J’étais vraiment impliqué… Il y a du potentiel chez les jeunes Sénégalais qui sont férus de foot. Seulement, il faut reconnaître que nous sommes mal organisés. Les visions pour développer les clubs et le foot ne sont souvent pas claires. On joue juste pour jouer. Si le foot local n’est pas attractif, c’est parce qu’il manque de bons projets. Quand il n’y a pas d’infrastructures de qualité, de bons projets, cela provoque le désintéressement des sponsors. Les sponsors, c’est avec un produit valorisant qu’on les attire. C’est pareil pour le public.
Il y a 3 ans lorsque Diamono Kaolack était en Division régionale, son président Baye Ciss faisait part de très grandes ambitions. Quels sont vos projets à court et à long terme ?
Il faut d’emblée reconnaître le mérite du président Baye Ciss d’avoir initié ce projet. Il lui manquait quelqu’un pour jouer le rôle que j’essaie d’assumer actuellement. Il a tellement fait d’efforts que l’équipe méritait d’être à un pallier supérieur cette année. À court terme, c’est un impératif pour moi de travailler à faire monter l’équipe en Ligue 2 puis en Ligue 1. C’est difficile mais pas impossible. Mon projet s’articule aussi autour de la détection, la formation et le placement de joueurs dans les différents championnats européens. Nous avons également prévu une réplique de FootStats à Kaolack. FootStats analyse les données des différents championnats de foot dans le monde pour le compte de Wyscout, la plus importante base de données de football au monde. Nous sommes à Dakar depuis bientôt 7 ans avec 50 jeunes employés. Ainsi, nos joueurs pourront allier football et analyses de données, ce qui leur permettra d’avoir une maturité tactique. Ce qui est un plus pour leur carrière de footballeur mais aussi pour leur reconversion dans le futur.
On vous a vu, sur les photos de votre présentation en début de saison, être accompagné de Diomansy Kamara. Est-ce qu’il fait partie du projet Diamono Kaolack ?
Diomansy est mon ami. Mais, il faut préciser que cette photo a été prise lors de la dernière visite du président de la CAF à Dakar. Cela n’avait rien à voir avec le Diamono. «Dio» est quelqu’un qui supporte et essaie de booster les initiatives locales. On s’est connu en dehors du football. Je l’ai connu grâce à ma marque de costumes africains TOORKEE. Il m’a présenté à Sadio afin que je l’habille pour une émission de Talents d’Afrique et lors de la remise du Ballon d’Or africain en Égypte, en janvier dernier. C’est un panafricaniste. Nous partageons cet amour pour le continent. Il me conseille et nous discutons souvent d’opportunités pour la détection et le placement de joueurs. Mais nous n’avons aucun engagement formel au moment où je vous parle.
Kaolack a eu plusieurs grands joueurs dans le foot et aujourd’hui beaucoup de jeunes Kaolackois sont dans des centres de formation comme Diambars et GF. Comment se fait-il que, depuis bientôt 10 ans, Kaolack ne puisse même pas avoir un club en Ligue 2 ?
Le football kaolackois vit de ses mécènes et, malheureusement, ces pratiques sont caduques. On parle de foot-busines. Il faut savoir mettre en place un projet attractif, investir, se battre et créer les conditions d’un retour sur investissement. Comment peut-on parler de projet foot sans petite catégorie ? C’est ce que je vois dans les équipes à Kaolack. Toutes les académies sérieuses viennent se ravitailler à Kaolack, nos meilleurs talents ne restent pas sur place et c’est logique. Qui les aurait pris en charge ? Il faut une solidarité entre les clubs sur place, pouvoir organiser des séances entre techniciens, se prêter des joueurs… puisque nous nous partageons tous le stade Lamine Guèye et la même ville. C’est comme si nous avions peur de collaborer. Non seulement on manque d’ambitions à Kaolack, mais aussi on freine ceux qui en ont. Je vous donne un exemple : quand je suis arrivé à Diamono, je leur ai proposé 2 formats. Que je sois un président «traditionnel», qui aide juste financièrement à la limite de mes moyens sans être impliqué, ou bien un président qui vient avec son entreprise et qui a des objectifs très clairs. Ils ont opté pour le second format. D’emblée, j’ai interdit toute forme de quête. En lieu et place, on déroule ensemble des stratégies pour gagner de l’argent. Il y a la mise en place d’une boutique du club et aussi la mise en place d’une mutuelle de santé… Malheureusement, dans la pratique, je me rends compte que pendant que l’équipe marche à merveille, certaines personnes se permettent de continuer à arnaquer des supporters en leur demandant des cotisations pour le compte de l’équipe. J’en profite pour lancer un message à tous ces gens qui se font sans doute avoir par des personnes malintentionnées. Le Diamono, par ma voix, dénonce ces faits et des actions fermes seront prises pour que de telles pratiques cessent.
Avec Stades






















