
Président, la saison dernière, aucun pensionnaire des « Vip » n’a disputé d’affiche. Cette saison encore, les deux gros chocs Papa Sow-Ama Baldé et Lac de Guiers 2-Modou Lô qui étaient prévus en octobre et novembre ont été reportés. N’avez-vous toujours pas l’impression que la lutte avec frappe traverse une crise sans précédent ?
Non, je ne le pense pas ! Je pense plutôt que la situation actuelle est liée à des soubresauts de croissance. La lutte ne peut échapper à ce phénomène. J’entends ou je lis souvent, certains dire que la saison 2017-2018 tardait à démarrer, mais je n’ai pas cette impression.
Si vous revisitez les archives, vous verrez que les combats avec frappe commencent généralement au mois de novembre et les chocs qui mettent en lice ceux que vous appelez « les Vip », aux mois de décembre et janvier. Qui sont les « Vip » ? Il y a là aussi peut être un débat. Est-ce ceux qui sont là depuis plus de 10 ans et qui sont en phase descendante ou est-ce les jeunes talentueux et qui sont en train de gravir les échelons ? Donc tout dépend de ce que les gens attendent de la lutte. S’ils attendent uniquement les combats exceptionnels, entre guillemets, liés plus à des noms qu’à des talents, ils vont rester sur leur faim. Vous savez, les véritables amateurs qui connaissent la lutte savent que cette discipline n’a pas de problèmes. Quand un Sa Thiès, un Sitteu, un Boy Niang, etc., disputent des combats, on ne peut pas dire que la lutte est en crise.
Mais sans Eumeu Sène, Balla Gaye, Bombardier, Lac de Guiers 2, Modou Lô, la lutte avec frappe manque quand même de saveur. ..
Pour revenir aux « Vip », Balla Gaye, par exemple, avait dit qu’il observait une pause. Quant à Bombardier, il n’est pas dit que le roi doit, chaque année, disputer un combat ; encore que le roi, c’est vous (la presse) qui l’avez créé. Ensuite, un champion qui reste une année sans participer à une compétition, ce n’est pas nouveau non plus.
Et deux années de suite sans combat ?
Vous savez, encore une fois, les combats de lutte, ce sont des montages financiers et ceux qui montent les combats cherchent des profits et les lutteurs aussi cherchent leurs intérêts. Le rôle du Comité national de gestion de la lutte (Cng) est de faire en sorte que tout un chacun se retrouve dans les raisons pour lesquelles il est là.
Malgré la traversée du désert de certains ténors, le retrait de certains grands promoteurs comme Gaston Mbengue, Aziz Ndiaye, la condamnation de Luc Nicolaï, l’indisponibilité du stade Demba Diop, n’êtes-vous pas pessimiste par rapport à l’avenir de la lutte avec frappe ?
Je suis de nature optimiste. Qu’il s’agisse de lutteurs, des promoteurs, on peut dire que tous les 10 ans, il y a un renouvellement des stars, parmi les promoteurs et les lutteurs. Revisitez un peu l’histoire de la lutte sénégalaise. Tous les 10 ans, il y a un ou deux phénomènes qui dominent tout le reste. Il y a quelques années, on avait dit que si tel et tel promoteur se retirait, l’arène allait traverser une crise et cette année, on avait connu une de nos meilleures années sportives. C’est la logique de la vie ; des gens vont arriver et d’autres vont partir. Les promoteurs viennent dans l’arène parce qu’ils trouvent un intérêt dans les opérations qu’ils font. S’ils n’y trouvent plus d’intérêt, je ne vois pas pourquoi ils seraient là. Les lutteurs, c’est là même chose et, de plus en plus, ils se professionnalisent ; même si le mot professionnel est pour moi très lourd dans ce milieu.
Pourquoi ?
Parce que quand on est professionnel, il y a des comportements qu’on ne doit pas avoir. Quand on est professionnel, il y a des attitudes qui ne doivent pas être adoptées. Quand on est professionnel, il y a des fautes tant administratives que sportives qu’on ne doit pas faire. Donc il y a encore beaucoup à faire dans ce milieu et ça passe forcément par des écoles et écuries fortes, très, très fortes. Nous constatons tristement que dans les écoles et écuries de lutte, souvent le chef, c’est le lutteur ou celui qui a créé l’écurie et qui dit je fais ce que je veux ; alors qu’une association est loin d’être cela. Ce sont des règles, des principes, des comportements au quotidien ; tant qu’on n’aura pas fait des pas de géant de ce côté-là, on ne peut pas attendre des choses extraordinaires du milieu de la lutte.
Justement, pouvez-vous revenir sur la quintessence des mesures que le Cng vient d’établir à l’endroit des lutteurs et des promoteurs ?
Un rappel de certaines mesures plutôt ! Nous constatons tristement un envahissement, un encombrement anormal de l’enceinte. Malheureusement, cela a été constaté encore récemment, lié au fait qu’il y avait 10 combats impliquant des lutteurs très populaires alors que le stadium est trop petit pour abriter un tel nombre. S’agissant des mesures, il faut faire en sorte qu’il y ait moins de monde dans l’enceinte. Quand il y a 10 combats, s’il y a cinq accompagnateurs pour chaque athlète, vous vous retrouvez avec 100 personnes dans l’enceinte ; sans compter les organisateurs, les griots, les batteurs. En outre, certains, à un moment, sous la frénésie des tam-tams et des cantatrices, quittent leurs places dans la tribune pour venir créer un désordre dans l’enceinte. On n’a pas besoin d’agresser son potentiel adversaire, on n’a pas besoin d’avoir des comportements négatifs, de mettre du sable sur le corps ; cela n’a aucun sens. Je pense qu’il y a des choses qui doivent disparaître. On peut défier un adversaire en gentleman ; vous n’avez pas besoin de le bousculer. Si nous voulons que cette lutte soit plus visible notamment au plan international, il faudra se débarrasser de ce comportement d’une autre époque. Les nouvelles règles, c’est assainir l’enceinte, veiller à l’intégrité physique des lutteurs et nous n’allons pas reculer par rapport à cela; les lutteurs sont avertis.
Donc il faut tout faire pour que les engagements soient respectés de part et d’autre. Tout, quand la saison est ouverte, doit se passer au Cng. Idem pour les cachets de sponsorisation non pas parce qu’on veut y toucher mais pour protéger et le lutteur et le promoteur. On a entendu plusieurs fois des lutteurs dire que des promoteurs leur doivent de l’argent de sponsorisation, mais ils ne peuvent pas poser le problème officiellement parce qu’ils l’ont caché. On a vu aussi des promoteurs se plaindre en disant que les lutteurs n’ont pas respecté leurs engagements liés à la sponsorisation.
Pendant que la lutte avec frappe traverse des difficultés, la lutte sans frappe, elle, se porte à merveille. N’est-il pas temps de valoriser davantage cette discipline ?
Je pense que la lutte simple est valorisée. Il ne sert à rien de faire un bond faramineux qu’on ne peut pas répéter. Aujourd’hui, il y a des journées de lutte à 5 millions de FCfa. Il y a quelques années, c’était inimaginable. On va aller plus loin, j’en suis convaincu.
Cette forme de lutte est plus spectaculaire, elle est plus transportable mais malheureusement, l’homme, je pense qu’il est naturellement violent ; il préfère de loin les coups de poings et le sang à la beauté du spectacle. Ou bien il retrouve la beauté de son spectacle dans la violence. Sur le plan national, on a des journées à 10 millions qui n’existaient pas. Sur le plan international, vous venez de désigner l’équipe nationale de lutte traditionnelle comme meilleur sportif de la lutte sans frappe. Aujourd’hui, on donne une certaine visibilité et une certaine reconnaissance à cette lutte. Un certain travail se fait.
Sur le plan international, le Sénégal a été choisi pour présider la commission mondiale de la lutte africaine au niveau de la fédération internationale. Et vous avez vu que grâce à la lutte, le Sénégal s’est classé 4e aux Jeux de la Francophonie.
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