En décrochant son titre de juge-arbitre international lors des Championnats du monde de Savate Boxe Française à Boulogne-sur-Mer, Abdoulaye Seck devient le tout premier Sénégalais à atteindre ce niveau d’excellence. Parcours, coulisses de l’examen mondial, mentorat et ambitions pour le Sénégal : découvrez l’interview exclusive d’un pionnier du ring sénégalais.

- Bonjour Abdoulaye Seck, félicitations encore pour cet exploit historique. Comment allez-vous et comment se passe l’après-compétition pour vous ?
Bonjour, merci beaucoup pour vos félicitations et pour l’intérêt que vous portez à cette réussite. Alhamdoulilah, je vais bien. L’après-compétition est un moment particulier, partagé entre la satisfaction du travail accompli, la gratitude et la réflexion sur la suite. Au-delà de la réussite personnelle, je mesure surtout la portée de cet accomplissement pour la Savate sénégalaise. C’est une étape importante, mais je la considère davantage comme un nouveau départ que comme une finalité. Le plus important aujourd’hui est de capitaliser sur cette expérience pour contribuer davantage au développement de notre discipline au Sénégal et en Afrique.
- Devenir le tout premier juge-arbitre sénégalais à officier sur un Championnat du monde, qu’est-ce que cela vous fait d’entendre cette phrase aujourd’hui ?
C’est une immense fierté, mais aussi une responsabilité. Lorsqu’on devient le premier à franchir une étape, on ne porte plus seulement son propre parcours. On porte également les espoirs de tous ceux qui viendront après nous. Cette réussite me rappelle que les frontières peuvent être repoussées lorsque l’on se donne les moyens de progresser, même lorsque l’on vient d’un pays où les ressources et les opportunités ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions. Je suis fier d’avoir contribué à écrire une nouvelle page de l’histoire de la Savate sénégalaise. Mais je souhaite surtout que cette première fois ne reste pas une exception. Mon plus grand souhait est de voir d’autres Sénégalais accéder à ce niveau et, demain, me dépasser.
Dans les coulisses de la préparation et de l’examen…
- L’examen sélectif des juges-arbitres internationaux est particulièrement rigoureux. Comment vous êtes-vous préparé au Sénégal pour arriver prêt à Boulogne-sur-Mer ?
Ma préparation s’inscrit avant tout dans un parcours de plusieurs années, au cours duquel j’ai eu la chance d’être formé et accompagné par mon maître, Kevin François Ndiaye. Je tiens à le souligner parce que l’essentiel de ce que je sais aujourd’hui en matière d’arbitrage, je le lui dois. Au fil des années, il m’a transmis des connaissances, une méthode de travail et une certaine conception de l’arbitrage. Il m’a appris que l’on ne peut pas prétendre être un bon arbitre sans une maîtrise rigoureuse des règlements, sans discipline et sans une volonté permanente de progresser. Au-delà de cette formation, j’ai toujours essayé de cultiver ma curiosité et de ne pas me limiter aux connaissances déjà acquises. Je considère que, dans l’arbitrage, on ne finit jamais d’apprendre.
À l’approche de l’examen, j’ai d’ailleurs pris l’initiative de contacter mon maître pour lui faire part de cette échéance. Il m’a apporté de précieux conseils et m’a transmis des documents qui m’ont beaucoup aidé dans ma préparation. Une fois arrivé en France, j’ai également saisi l’occasion de côtoyer certains des arbitres les plus expérimentés au monde. J’en ai profité pour échanger avec eux, leur poser des questions et approfondir certains points réglementaires sur lesquels nous avions besoin de nous mettre à jour. Cette expérience m’a permis de comprendre une chose essentielle : il faut savoir reconnaître ce que l’on a appris, mais aussi être conscient de ce qu’il nous reste à apprendre. Je suis donc arrivé à cet examen avec un socle de connaissances construit au fil des années, grâce à la transmission de mon maître, mais aussi avec une réelle volonté de continuer à apprendre et à me perfectionner.
- Sur un ring mondial de Savate Assaut, tout va très vite. Selon vous, quelles qualités précises ont convaincu le jury international de vous retenir ?
Je pense qu’il faut réunir plusieurs qualités : une bonne maîtrise des règlements, une capacité d’analyse rapide, de la rigueur, de l’impartialité et surtout une volonté constante de progresser.
Mais je crois aussi que la curiosité intellectuelle joue un rôle important. Dans l’arbitrage, il ne suffit pas de connaître les règles telles qu’on nous les a enseignées. Il faut continuer à s’informer, confronter ses connaissances aux évolutions de la discipline et savoir reconnaître les points sur lesquels on doit encore progresser. Je ne prétends pas connaître toutes les raisons qui ont conduit le jury à me retenir. En revanche, je sais que je me suis présenté avec le sérieux de quelqu’un qui a été formé pendant des années, mais aussi avec l’humilité de quelqu’un qui sait qu’il a encore beaucoup à apprendre.
- Avez-vous ressenti une pression particulière au moment de passer cet examen en sachant que vous représentiez tout le Sénégal ?
Oui, j’ai ressenti une pression particulière. Comme les athlètes, j’étais là pour représenter mon pays, et je tenais à le faire dignement. Je savais que je ne portais pas seulement mon ambition personnelle, mais aussi l’image de l’arbitrage sénégalais et, plus largement, africain. Je savais également que la moindre erreur pouvait, à tort, être interprétée comme un manque de compétence des arbitres africains, voire sénégalais. Je me devais donc d’être particulièrement concentré, rigoureux et à la hauteur des exigences de cette compétition. Mon objectif était clair : donner le meilleur de moi-même, démontrer que nous avons aussi notre place au plus haut niveau international et faire partie des arbitres qui se distinguent par leur compétence et leur professionnalisme. Cette pression était réelle, mais je l’ai transformée en motivation. Pour moi, représenter son pays est un honneur, mais c’est aussi une responsabilité qui exige de se dépasser.

- Comment avez-vous été accueilli par les autres juges-arbitres internationaux sur place ?
J’ai été très bien accueilli par les autres juges-arbitres internationaux. Le fait d’être le seul Africain présent lors de cette compétition était déjà quelque chose de marquant. Naturellement, je ne passais pas inaperçu, et cela a suscité des occasions de rencontre et d’échange. J’ai surtout voulu profiter de cette expérience pour apprendre auprès de ces arbitres chevronnés, en leur posant des questions et en approfondissant certains points réglementaires sur lesquels nous avions besoin d’être à jour. Ces échanges ont été particulièrement enrichissants. Ils m’ont conforté dans l’idée que, dans l’arbitrage comme dans tout autre domaine, il faut savoir rester humble, curieux et ouvert aux expériences des autres.
- Si vous deviez raconter un souvenir fort ou une image marquante de ce championnat, ce serait lequel ?
Le moment qui m’a le plus marqué, c’est lorsque Maya, la responsable des juges-arbitres internationaux, est venue vers moi pour me féliciter et me souhaiter la bienvenue parmi eux. C’est à cet instant précis que j’ai compris que j’avais réussi l’examen. Ma première réaction intérieure a été de dire : Alhamdoulilah ! J’ai ressenti une immense gratitude envers Allah, parce que je prenais pleinement conscience du chemin parcouru et de ce que je venais d’accomplir. Je me suis alors dit : Ça y est, j’ai réussi ! Me voilà désormais représentant officiel du Sénégal dans l’arbitrage international de la Savate. C’était une immense fierté, mais aussi la conscience d’une responsabilité nouvelle envers mon pays. Et naturellement, ma pensée est allée vers mon maître, Kévin François Ndiaye. Je me suis souvenu de tout ce qu’il m’a transmis au fil des années, de ses conseils et de son accompagnement, notamment dans la préparation de cet examen. J’ai réalisé que cette réussite était aussi, en quelque sorte, le fruit de son investissement et de sa confiance.
Développer et structurer l’arbitrage au Sénégal et en Afrique
- Vous ouvrez une porte inédite pour l’arbitrage national. Quel message aimeriez-vous passer aux jeunes qui pratiquent ou souhaitent arbitrer la Savate au Sénégal ?
Je pense que je suis encore moi-même dans un processus d’apprentissage, et je n’ai certainement pas de leçon à donner à qui que ce soit. Mais si mon parcours peut inspirer, j’en serais très heureux. À mes aînés dans l’arbitrage, je voudrais simplement dire de continuer à croire en eux. Nous avons au Sénégal des arbitres talentueux et expérimentés qui ont toutes les qualités pour accéder au niveau international. J’espère sincèrement que nous aurons bientôt le plaisir de voir d’autres collègues nous rejoindre. Aux plus jeunes, je conseillerais humblement d’être disciplinés, d’écouter leurs maîtres et de suivre leurs conseils. Il ne faut pas brûler les étapes, mais prendre le temps d’apprendre et de se perfectionner. C’est en construisant des bases solides que l’on pourra, un jour, représenter dignement le Sénégal sur la scène internationale.
- En quoi votre réussite peut-elle aider à développer et structurer davantage la Savate Boxe Française dans notre pays et sur le continent ?
Je pense que cette réussite doit être l’occasion de franchir un nouveau cap. Sous l’impulsion du président du comité d’arbitrage coach Kévin, nous allons notamment renforcer les sessions de formation et mettre en place un programme de perfectionnement continu pour nos arbitres, en nous appuyant sur les exigences et les standards internationaux. Mais au-delà de la formation, je pense qu’il serait intéressant de développer un véritable parcours de progression pour les officiels sénégalais, avec des objectifs précis, un accompagnement individualisé et une préparation aux examens internationaux.

Nous pourrions également capitaliser sur les expériences acquises à l’étranger pour créer des supports pédagogiques adaptés à nos réalités. À l’échelle africaine, l’ambition pourrait être de favoriser la mutualisation des compétences entre fédérations et de contribuer à l’émergence d’un réseau d’arbitres africains mieux préparés et davantage représentés dans les compétitions internationales. L’enjeu n’est pas simplement de former davantage d’arbitres, mais de construire un système capable de faire émerger, d’accompagner et de promouvoir durablement des officiels de haut niveau.
- Quelles sont vos prochaines ambitions à l’échelle internationale ?
Cette qualification ouvre un nouveau chapitre de mon parcours. Mon ambition est, bien entendu, de continuer à officier sur les plus grandes compétitions internationales, d’approfondir mon expérience et de gagner progressivement la confiance nécessaire pour assumer des responsabilités encore plus importantes dans l’arbitrage international. Mais je vois aussi cette étape dans une perspective plus large. À terme, j’aimerais pouvoir contribuer aux travaux techniques, à l’harmonisation des pratiques arbitrales et à la formation des officiels, au-delà des frontières sénégalaises. Je souhaite également que le Sénégal et, plus largement, l’Afrique puissent être davantage représentés dans les espaces où se construisent les orientations de notre discipline. Je reste néanmoins conscient que ces ambitions se construisent dans le temps. Je viens de franchir une étape importante, et mon devoir est maintenant de continuer à apprendre, à faire mes preuves et à mériter les opportunités qui pourront se présenter.
wiwsport.com – Entretien réalisé par Jean Joseph























