Champions d’Afrique en titre, les Lions du football des sourds se préparent à défendre leur couronne en Éthiopie. Dans un entretien avec Wiwsport, Mamadou Lamine Diallo, secrétaire général de l’association des sourds du Sénégal, en charge de cette discipline revient sur les difficultés administratives et financières rencontrées, les ambitions du Sénégal et l’appel lancé aux autorités et aux partenaires pour accompagner l’équipe.
Où en est la préparation de l’équipe nationale en direction de la CAN en Éthiopie ?
Nous devions démarrer les séances de tests et d’évaluation dès septembre, avec les nouveaux joueurs et les anciens internationaux présélectionnés. Cependant, les changements successifs de destination de la compétition, initialement prévue au Maroc, puis au Cameroun, avant d’être attribuée à l’Éthiopie, ainsi que les difficultés administratives liées à la validation de notre dossier, ont retardé le processus. Nous avons finalement démarré la préparation le 8 octobre. Le staff technique travaille sur l’évaluation des joueurs, la condition physique, la cohésion du groupe et les stratégies de jeu. Malgré le temps perdu, nous restons déterminés à préparer au mieux cette échéance.
Vous avez évoqué des difficultés administratives et financières. Quelles sont leurs conséquences et quel soutien attendez-vous des autorités et des partenaires ?
Nous faisons face à des lenteurs administratives et à un manque de moyens financiers et logistiques, malgré les démarches entreprises auprès des autorités et de partenaires potentiels, notamment Air Sénégal, la LONASE et Sonatel. Ces difficultés réduisent le temps consacré à la détection des joueurs, aux automatismes et à une préparation physique optimale. Nous avons également besoin de meilleures conditions en matière d’équipements, de transport, de suivi médical et de nutrition. Nous ne cherchons pas la confrontation avec les institutions. Nous souhaitons simplement que les procédures soient traitées avec davantage de célérité et de coordination. Nos ambitions sportives doivent être accompagnées de moyens à la hauteur des enjeux.
Que vous inspire le tirage au sort et pensez-vous que le Sénégal possède les arguments nécessaires pour conserver son titre ?
Nous abordons cette compétition avec confiance et détermination, tout en respectant l’ensemble de nos adversaires. Le niveau du football des sourds progresse sur le continent et aucun match ne sera facile. Le Sénégal possède de sérieux arguments. Nous sommes champions d’Afrique en titre après notre sacre au Kenya en 2021 et nous avons terminé à la troisième place mondiale en Malaisie en 2023. Ces résultats témoignent du potentiel de notre sélection. Nous croyons en notre groupe et avons l’ambition d’aller jusqu’au bout. Mais le talent ne suffit pas : il faut aussi une préparation sérieuse, un encadrement adapté et une organisation à la hauteur de la compétition.
Quelle mission avez-vous assignée au groupe en Éthiopie ?
Notre ambition est claire : défendre notre titre et remporter la Coupe d’Afrique pour la deuxième fois. Nous visons également une qualification pour la Coupe du monde de football des sourds organisée en Australie en 2027. Être champions en titre est une fierté, mais aussi une responsabilité. Nos adversaires voudront récupérer le trophée. Nous devrons donc avancer étape par étape, sans sous-estimer aucune équipe. Chaque match sera une finale et nous devrons faire preuve de solidarité, de discipline et de combativité.
Malgré ses résultats sur les scènes africaine et mondiale, le football des sourds reste peu médiatisé. Qu’attendez-vous de cette participation pour faire évoluer la situation au Sénégal ?
Notre discipline a obtenu des résultats remarquables, mais elle ne bénéficie pas de la visibilité et de l’accompagnement qu’elle mérite. Nous souhaitons que les médias accordent davantage de place à nos compétitions et aux parcours de nos athlètes. Nous attendons également des autorités et des partenaires un engagement concret pour améliorer les conditions d’entraînement, l’encadrement technique et la participation aux compétitions internationales. Au-delà des trophées, nous voulons favoriser l’inclusion sociale, encourager les jeunes sourds à pratiquer le sport et obtenir une meilleure reconnaissance institutionnelle de notre discipline.
Quel appel lancez-vous aux Sénégalais, aux autorités et aux partenaires à l’approche de cette compétition ?
Je lance un appel à l’ensemble du peuple sénégalais pour qu’il soutienne nos Lions du football des sourds. Ces joueurs représentent notre pays et portent les mêmes ambitions nationales que toutes les autres équipes. J’invite également les autorités sportives, les institutions publiques et les entreprises privées à nous accompagner concrètement afin que notre délégation puisse participer à cette compétition dans des conditions dignes de son statut de championne d’Afrique en titre. Malgré les difficultés rencontrées, nous gardons la foi et la détermination nécessaires pour relever ce défi. Nous partons avec la fierté de notre titre et la volonté de faire honneur au drapeau sénégalais. Notre objectif est de ramener la Coupe d’Afrique au Sénégal et de décrocher notre qualification pour le Mondial 2027 en Australie.
wiwsport.com (NAF)























