L’élimination du Sénégal en seizièmes de finale de la Coupe du Monde a été vécue comme un drame dans le pays. Si les joueurs ont échoué dans leur mission d’aller le plus loin possible, la Fédération Sénégalaise de Football a trouvé le bouc émissaire parfait en la personne de Pape Thiaw. Elle a finalement décidé de rompre un contrat qu’elle n’avait pas réussi à signer avant le début du Mondial.
La FSF a annoncé dans un communiqué samedi soir qu’elle a « décidé d’engager une procédure de cessation des fonctions du sélectionneur national, Pape Thiaw, ainsi que l’ensemble de son staff technique » de l’Equipe Nationale du Sénégal. De héros à zéro ! Voilà comment résumer l’histoire d’amour entre Pape Bouna Thiaw et le Sénégal. Apprécié pour son geste technique de classe pour Henri Camara en huitièmes de finale du Mondial 2002 et pour son management lors de la CAN 2025, Thiaw est devenu un paria depuis l’élimination des Lions en seizièmes de finale de la Coupe du Monde nord-américaine.
Comme souvent dans le football, quand une équipe marche fort, on loue le travail et la qualité des joueurs et quand tout va mal, le bon vieux refrain de l’entraîneur incompétent vient tout doucement refaire surface. Si ses désormais ex-joueurs en ont eu pour leur part après la Belgique, l’ancien entraîneur de Niarry-Tally n’a pas échappé à la règle. Presque six mois après avoir propulsé le Sénégal sur le toit de l’Afrique, avec cette victoire en finale de la CAN face au Maroc (1-0, a.p), le technicien de 45 ans a été gentiment poussé vers la sortie avec une étiquette d’entraîneur endormi sur ses lauriers et sans grande inspiration.
Communiqué de la FSF à l’issue de la réunion du Comité exécutif tenue ce samedi 11 juillet 2026 pic.twitter.com/P17O8eDz6W
— FSF (@Fsfofficielle) July 12, 2026
Le peuple sénégalais lui reproche d’avoir enterré l’insouciance qui lui a fait tant de bien dans son coaching pendant la CAN, pour prôner la continuité. Le premier responsable, c’est Pape Thiaw. Un sélectionneur doit prendre des décisions, ses propres décisions. Il a longtemps semblé sur la bonne voie, mais il a été piégé par le lien indéfectible à ceux qui ont gagné avec lui en janvier 2026. En se passant par exemple de l’un des meilleurs défenseurs de la saison de Ligue 1 Malang Sarr et en affirmant toute sa confiance en son capitaine Kalidou Koulibaly, Pape Bouna Thiaw s’est attiré les foudres pendant plusieurs semaines.
Un travail pas dans le calme
Son manque de répondant dans son coaching, ses prises de décisions tardives ne lui ont pas non plus facilité la tâche. Toutefois, ne serait-ce pas trop aisé de mettre toute la faute sur Pape Thiaw ? Sans aucun doute. S’il pensait avoir gagné en légitimité après le titre à la Coupe d’Afrique des Nations, le désormais sélectionneur de l’Equipe Nationale du Sénégal n’a jamais eu la tranquillité idéale pour disputer une Coupe du Monde. Il est arrivé aux Etats-Unis certes avec le même staff qu’à la CAN, mais celui-ci est apparu très réduit. Et ce n’est pas pour rien que le Sénégal n’a pu observer de plus près les matchs de ses adversaires.
La preuve en est que le technicien de 45 ans s’est efforcé pour faire venir un analyste-vidéo en pleine compétition, en la personne d’Abdoulaye Seck. Et étonnement, ce dernier n’a même pas pu exercer pleinement son métier durant la Coupe du Monde. Derrière tout cela, se cachait l’une des situations les plus inimaginables et malheureuses en plein tournoi comme la Coupe du Monde : Thiaw est arrivé au Mondial sans contrat. Il a fallu qu’il tape du poing sur la table pour que cette affaire soit réglée. La faute à qui ? En grande partie à la Federation Sénégalaise de Football qui avait les pouvoirs pour éviter un tel cas.
Thiaw paie les pots cassés
Mais comment pouvait-il vraiment en être autrement si au sein même de la FSF il y a des frictions ? Au fil de mois, depuis leur arrivée à la tête de l’instance, la relation entre les membres de la Fédération s’est détériorée. Finies les tapes amicales qui les ont propulsés à la gouvernance du football sénégalais, places aux têtes-à-têtes et aux règlements de contacts. Il n’est donc pas faux d’écrire que Pape Bouna Thiaw paie en partie les pots cassés par d’autres. Il est évident que sélectionneur n’a pas pu travailler dans un environnement sein et en toute sérénité et tranquillité pour mener à bien ses affaires pendant le Mondial.
C’est vrai, Thiaw est loin d’être exempt de tout reproche. Il a perdu de sa superbe en faisant trop confiance à des joueurs qui n’étaient pas en forme et en ne prenant pas suffisamment ses responsabilités. Mais au milieu d’un bazar fédéral, tout était devenu beaucoup plus difficile pour lui. Maintenant, Pape Thiaw peut se targuer d’avoir ramené la CAN au Sénégal et posé les bases d’une nouvelle génération de joueurs à fort potentiel (Ibrahim Mbaye, Assane Diao, Mamadou Sarr). En termes d’effectif, son successeur ne devrait pas avoir des soucis. Reste à voir en termes de management mais aussi de cohabitation avec ses patrons de la FSF.
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