Ils ont porté le même maillot. Ils ont vécu ensemble l’épopée de 2002. Ils se sont ensuite retrouvés sur le banc de l’équipe nationale avant de se succéder à sa tête. Entre Aliou Cissé et Pape Thiaw, les trajectoires se ressemblent jusque dans les difficultés. Deux sélectionneurs, deux contextes différents, mais un même défi : gérer une génération de cadres qui a marqué l’histoire du football sénégalais.
Lorsque le contrat d’Aliou Cissé n’est pas reconduit en octobre 2024, les autorités évoquent notamment un risque de « désamour » autour du sélectionneur. Derrière cette formule, plusieurs indiscrétions faisaient état d’un discours qui ne passait plus auprès d’une partie du vestiaire et même de son staff. Aucune version officielle ne viendra confirmer ces informations, mais une chose est certaine : la relation entre le technicien et une partie de son groupe semblait s’être détériorée.
Quelques mois auparavant, après le match nul (1-1) face à la RD Congo en éliminatoires de la Coupe du monde 2026, Sadio Mané avait publiquement remis en question le système de jeu des Lions. « Ce système, il faut le revoir. On a essayé de le faire avec plus de combinaisons, mais ça n’a pas marché. » Une déclaration inhabituelle de la part d’un vice-capitaine, qui avait alimenté les interrogations sur le climat interne de la Tanière.
Pourtant, deux ans plus tôt, à la veille de la finale de la CAN remportée face à l’Égypte, le même Sadio Mané rendait un vibrant hommage à son entraîneur. « Je crois que cet homme mérite tout parce qu’il est l’entraîneur le plus critiqué que j’ai jamais vu dans ma vie. Il n’abandonne jamais. Il a confiance en lui, il a confiance dans le groupe. » Comment cette relation a-t-elle évolué à ce point ? La question reste entière.
Pape Thiaw, l’adhésion avant les critiques
Lorsque Pape Thiaw prend les commandes de la sélection, le contexte est totalement différent. Ancien adjoint d’Aliou Cissé, il connaît parfaitement le groupe. Selon plusieurs informations, sa nomination est accueillie favorablement par plusieurs cadres. Le nouveau sélectionneur entreprend alors une tournée auprès des internationaux, notamment en Arabie saoudite et au Qatar, avant de poursuivre ses rencontres avec les joueurs évoluant en Europe. L’objectif est clair : présenter sa vision, renforcer les liens avec son groupe et préparer l’avenir.
Très vite, il affiche également sa volonté d’élargir la base de la sélection. Plusieurs jeunes joueurs sont observés, de nouveaux profils sont convoqués et le sélectionneur multiplie les pistes pour insuffler du sang neuf. Mais dans les faits, l’ossature de l’équipe change peu. Les hommes forts restent les mêmes. Pape Thiaw lui-même qualifie Kalidou Koulibaly de « ciment de cette équipe nationale », confirmant l’importance accordée aux cadres dans son projet.
Des choix de plus en plus contestés
À l’approche de la Coupe du monde, les débats se concentrent sur la liste dévoilée par le sélectionneur. Plusieurs choix sont contestés. Certains joueurs, jugés en manque de rythme, sont maintenus, tandis que d’autres, en forme avec leurs clubs, restent absents.
Une fois la compétition lancée, Pape Thiaw fait le choix de reconduire exactement le même onze de départ lors des deux premiers matchs du Sénégal. Une décision qui nourrit les critiques, alors que plusieurs observateurs réclament davantage de concurrence et des ajustements tactiques. Malgré la volonté affichée de renouveler l’équipe, le Sénégal continue de s’appuyer sur les mêmes leaders qui composent l’ossature des Lions depuis plusieurs années.
Le parallèle avec Aliou Cissé
L’élimination face à la Belgique marque un tournant. Les critiques se multiplient autour des choix du sélectionneur, de sa gestion du groupe et de ses décisions tactiques.
Puis survient un épisode inédit. Quelques heures après la fin du parcours sénégalais, Pape Gueye annonce publiquement qu’il ne reviendra pas en sélection tant que l’actuel staff technique sera en place. Une sortie rare dans l’histoire récente des Lions, qui met en lumière des tensions devenues publiques. Le parallèle avec Aliou Cissé est alors frappant.
Le premier avait progressivement perdu une partie de son influence auprès de certains cadres après avoir construit cette génération et conduit le Sénégal à son premier sacre continental. Le second, arrivé avec leur soutien, semble à son tour confronté aux mêmes difficultés. Plus qu’une histoire d’hommes, une question de génération. Au fond, le débat dépasse peut-être les noms d’Aliou Cissé et de Pape Thiaw.
Depuis près de dix ans, la sélection sénégalaise repose sur une génération exceptionnelle qui a remporté la CAN, participé à plusieurs Coupes du monde (trois participations consécutives) et porté le football sénégalais au plus haut niveau africain. Cette longévité a naturellement renforcé le poids de ses leaders dans le vestiaire.
La véritable question est désormais celle de la transition. Comment renouveler une équipe lorsque ceux qui l’ont menée au sommet occupent toujours une place centrale ? Comment installer une nouvelle hiérarchie sans fragiliser l’équilibre du groupe ? Et jusqu’où un sélectionneur peut-il imposer ses choix face à une génération qui a tant gagné ?
Aliou Cissé a construit cette génération. Pape Thiaw en a hérité. Tous deux semblent finalement avoir été confrontés à la même réalité : au Sénégal, le défi du sélectionneur ne se limite pas aux résultats. Il passe aussi par la gestion du poids des cadres et par la difficile transition vers un nouveau cycle.
wiwsport.com












