Les Lions visaient les sommets lors de la Coupe du Monde, ils sont tombés de (très) haut mercredi soir, éliminés cruellement par la Belgique dès les seizièmes de finale.
Au soir de la première sortie dans la Coupe du Monde et cette défaite contre l’Équipe de France (1-3), la route s’annonçait déjà sinueuse. Lors de cette entrée en lice contre les vice-champions du monde, le 16 juin au MetLife Stadium (New York), l’Equipe Nationale du Sénégal avait rendu une copie pour le moins inquiétante. Ses errements défensifs, son manque d’efficacité, ses soucis à bien gérer ses temps forts et ses temps faibles n’avaient rien à voir des forces qui l’avaient guidée sur le toit de l’Afrique cinq mois plus tôt.
Avec les retour d’Assane Diao, revanchard après avoir raté la CAN, et Cheikh Ahmadou Bamba Dieng, auteur d’une grande saison au FC Lorient, l’attaque de l’Equipe Nationale du Sénégal pouvait même espérer être encore plus redoutable que lors de la CAN au Maroc, notamment pour apporter de la vitesse et un peu de finition. À la fin du premier match de la phase de groupes, les Lions n’avaient pas répondu aux attentes, en tout cas pas à la hauteur de leurs ambitions. La route vers un exploit mondial paraissait improbable. Seize jours plus tard, tout s’est envolé, du rêve d’une Coupe du Monde aux certitudes sur le terrain.
Tombée en prolongations face à la Belgique, après avoir mené 2-0 jusqu’à la 85e minute du temps réglementaire, l’équipe de Pape Bouna Thiaw s’est arrêtée au stade précoce des seizièmes de finale. Mais ce n’est pas franchement une surprise. Dominés par la France et la Norvège (2-3) dans le « groupe de la mort », les Lions ont dû s’arracher pour accrocher la dernière place des huit meilleurs troisièmes. La victoire en trompe-l’oeil contre l’Irak (5-0) avait rallumer l’étincelle. Elle est éteinte par une Belgique qui avait préparé un plan de bataille cohérent, contrairement au Sénégal.
Une présence trop tôt aux Etats-Unis
À aucun moment lors de cette Coupe du Monde, l’Equipe Nationale du Sénégal n’a été capable de dominer un adversaire du coup d’envoi au coup de sifflet final. C’est plus difficile d’y parvenir contre la France ou la Norvège que face à l’Irak, qui, malgré le fait d’avoir joué en supériorité numérique dès la 13e minute, a donné des vertiges aux hommes de Pape Thiaw. Et pendant que la mayonnaise ne tenait pas sur le pré, le feu prenait le dessus en dehors du terrain. Entre primes des joueurs impayées, nourritures de mauvaise qualité, contrat du sélectionneur, les fausses notes se multipliaient.
S’il faut identifier un tournant décisif, il s’agirait très certainement du long séjour passé aux Etats-Unis. La canicule américaine, un climat difficile à maitriser et les nombreux déplacements entre les matchs depuis la préparation ont lessivé un groupe sur les rotules après une saison très longue et éprouvante. Pendant que les équipes tentent de réduire le temps de présence sur place en raison de l’ennui engendré, le Sénégal a posé ses baluchons aux Etats-Unis… le 28 mai, soit plus de deux semaines avant son premier match, pour disputer deux rencontres amicales contre la Team USA et l’Arabie saoudite.
Conséquence, la plupart des joueurs ont décliné physiquement au fil des matchs dans un groupe où les pépins physiques posaient déjà problème avant même le début de la compétition et se sont poursuivis pendant. En se qualifiant pour les seizièmes de finale, les Lions pensaient laisser les ennuis derrière eux. « C’est une nouvelle compétition qui commence », répétait à l’envi Pape Thiaw lors de sa conférence précédant le match contre la Belgique. Raté. Le beau temps et le bon état de la pelouse à Seattle n’auront pas suffi à masquer les lacunes d’une équipe ambitieuse mais déboussolée et jamais harmonieuse.
Face à la Belgique mercredi soir, le trio offensif Iliman Ndiaye – Ismaïla Sarr – Sadio Mané, aligné pour la première fois ensemble dans cette Coupe du Monde, s’est vraiment trouvé. Pas de chance, le collectif s’est évaporé dans le même temps. Encore une fois, les rouages ne se sont pas imbriqués au même moment. Le plus gros échec des Lions lors de cette Coupe du Monde 2026 repose en effet là, dans cette incapacité à faire fonctionner toute la machine sans qu’une partie de la chaîne ne se grippe. Le trio offensif s’est donc mis en évidence face aux Diables, mais n’a pas eu assez de temps pour peaufiner ses automatismes.
Miser sur la continuité, la mauvaise idée de Thiaw
Du côté de la défense, le sélectionneur n’a pas trouvé la bonne formule pour solidifier ce secteur. Kalidou Koulibaly est le symbole d’une défense aux abois. Généralement si solide, le capitaine des Lions, diminué par des pépins physiques, a failli contre la France et encore plus face à la Norvège, et affiché une instabilité inquiétante. Après le premier match de préparation contre les Etats-Unis, plusieurs joueurs s’étaient plaints d’un manque de rythme. Pape Thiaw affirmait aussi la même chose. Mais cela n’a pas semblé inquiété trop le jeune technicien. La solidité défensive des Lions, qui avait été le socle du titre de champion d’Afrique au Maroc, s’est retrouvée portée disparue lors du séjour aux Etats-Unis.
Au réveil, jeudi matin, le sélectionneur de l’Equipe Nationale du Sénégal devait encore se demander comment cette victoire face à la Belgique a pu lui passer entre les mains. Mais durant la compétition, Pape Thiaw n’a jamais semblé maîtriser parfaitement la situation, n’obtenant pas une seule fois de son équipe une cohérence globale, du gardien de but à l’attaquant de pointe. Un désaveu pour le sélectionneur, pourtant pas habitué à perdre le fil conducteur, notamment lors de la CAN. Il a longtemps insisté avoir à sa disposition « 26 titulaires » mais au cours de cette Coupe du Monde, il a donné l’impression d’avoir emmené autour de 15 joueurs, tant il n’a pas dû utiliser la profondeur de son banc de touche.
Le match fou et cette élimination face aux Belges ont dévoilé toutes ces carences et est représentatif des tâtonnements d’un Pape Thiaw qui a misé sur la continuité pour ce Mondial, sans réussite. Le sélectionneur des Lions a refusé de ne pas faire appel à un joueur comme Malang Sarr, pendant que sa défense consistait déjà la plus grosse inquiétude des Sénégalais bien avant le début de la compétition. Lors de la CAN, il a été capable de s’adapter à toutes les équations dressées par ses adversaires. Ça n’a pas été le cas en Amérique du Nord, où son 4-2-3-1 est resté figer. Conséquence, Pape Thiaw a transformé une équipe qui était capable de renverser toute situation en une équipe qui se fait renverser.
Niakhaté, Ismaïla Sarr, Diatta trois phares dans l’ennui
Personne n’est réfractaire au changement et Pape Thiaw a écouté les critiques pour se passer de Kalidou Koulibaly, après deux matchs catastrophiques de ce dernier. Mais cette Coupe du Monde a été un véritable calvaire pour le sélectionneur des Lions. Après le titre à la CAN, le natif de Niarry Tally avait pour mission d’emmener l’équipe dans le dernier carré du Mondial. C’était trop lui demander. Au fait, la barre était beaucoup trop haute. Aux Etats-Unis, le technicien de 45 ans n’a jamais pu prendre seul la moindre décision. Même pour composer ses onze de départ, il fallait consulter un certain groupe de joueurs.
Contre la Norvège d’Haaland, il a même fallu que des joueurs demandent à Kalidou Koulibaly (35 ans) de sortir pour que ce changement puisse enfin se faire. Rarement, Pape Bouna Thiaw a pris ses responsabilités dans cette Coupe du Monde. Bien que sa prolongation de contrat soit faite en pleine compétition, il paraît peu probable que le sélectionneur reste en poste. Quelques indiscrétions au sein de la Fédération Sénégalaise de Football croient même savoir qu’il aurait déjà déposé sa démission auprès de la FSF. Reste à savoir comment cette dernière abordera la suite. Alors que plusieurs dossiers polémiques sont sur sa table.
Au jeu des chaises musicales entre joueurs, qui seront les perdants ? Les cadres (Edouard Mendy, Idrissa Gana Gueye, Sadio Mané, Kalidou Koulibaly) vont-ils tous claquer la porte ? Et surtout, quelles seront les idées de jeu de cette Equipe Nationale du Sénégal dans les mois à venir, elle qui en a cruellement manqué pendant ce Mondial ? Les rares certitudes à la sortie de cette compétition sont que Moussa Niakhaté est déjà un patron dans cette équipe. Seule véritable lueur en défense, clair et précis dans sa communication, leader technique sur le pré et leader de vestiaire en dehors, le Lyonnais pourrait être celui qui guidera les Lions dans les prochaines années.
Mais à ses côtés, il devrait pouvoir compter sur Krepin Diatta. Jamais décevant, le latéral droit a encore sorti un tournoi de haut vol, et ses déclarations à la fin du match contre la Belgique l’ont placé davantage dans le cœur des supporters sénégalais. Il a presque le même âge que Krepin Diatta, et le fait d’avoir terminé le match face aux Belges avec le brassard de capitaine n’est pas anodin. Derrière Gana, Mané et Koulibaly, Ismaïla Sarr (28 ans) est le plus ancien du groupe actuel des Lions. Sur cette Coupe du Monde, l’attaquant de Crystal Palace a montré qu’il pouvait être celui sur qui il faudra compter pour mener la nouvelle génération.
Quand l’équipe coulait, l’ancien du FC Metz était le seul à sortir la tête de l’eau. Il finit le tournoi avec quatre buts, devant le meilleur buteur du Sénégal dans l’histoire de la compétition. Plus que la réalisation, c’est la manière de marquer ces buts qui ont attiré l’attention. Comme Niakhaté et Diatta, le natif de Saint-Louis donnait le cœur sur chaque ballon. À lui maintenant d’assumer le rôle de leader qui devrait lui revenir après cette sortie de route.
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