À quelques heures du choc entre le Sénégal et la France pour leur entrée en lice dans la Coupe du monde 2026, l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, s’apprête à vivre un rendez-vous particulier. Vingt-quatre ans après l’exploit historique des Lions face aux Bleus lors du Mondial 2002, les deux nations se retrouvent à nouveau sur la scène mondiale.
Pour l’occasion, l’Institut français de Dakar organisera une fan zone afin de permettre aux supporters des deux camps de suivre ensemble cette première rencontre du groupe I. Mais au-delà de l’enjeu sportif, la diplomate française voit dans cet événement l’illustration parfaite des liens humains, culturels et historiques qui unissent les deux pays.
« En 2002, j’étais à Paris. Je me souviens surtout de l’enthousiasme et de la foule. Quand le Sénégal avait gagné, il y avait une immense joie portée par toute la communauté sénégalaise et francophone présente en France », raconte-t-elle.
Si elle se garde bien de tout pronostic, Christine Fages n’exclut pas un nouvel exploit sénégalais. « Quand on le fait une fois, on peut le faire deux fois. En 2002, le Sénégal avait battu la France de Zidane. Aucun match n’est plié d’avance. Je suis convaincue que les Lions se battront et que les Bleus feront de même. »
Mais ce qui intéresse surtout l’ambassadrice, c’est ce que représente cette affiche sur le plan humain. « La France et le Sénégal sont très liés. Ce match sera l’occasion de rassembler les supporters dans un esprit de convivialité et de fête. »
Puis elle sourit : « Moi, je suis l’ambassadrice de France au Sénégal. Quel que soit le score, je gagne. Si le Sénégal gagne, je gagne. Si la France gagne, je gagne aussi. »
Une conception singulière de la diplomatie
Au fil de l’entretien, le football devient rapidement un prétexte pour évoquer un sujet plus large : la place du sport dans les relations entre les peuples.
Pour Christine Fages, le sport ne constitue pas simplement un outil d’influence ou un vecteur d’image. Il représente avant tout un moyen de comprendre une société. « Le sport est un moyen de rapprochement, un moyen de meilleure connaissance des uns et des autres. »
Dans un Sénégal où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans et où près de 75 % des habitants ont moins de 35 ans, le sport occupe selon elle une place stratégique. « Le sport permet aux jeunes de trouver leur place dans la société. C’est un ancrage culturel, mais aussi économique, parce que le sport est une économie. »
Pour la diplomate, ignorer cette réalité reviendrait à se priver d’une clé essentielle pour comprendre le pays. « Le sport est un élément essentiel de la vie des Sénégalais. »
Une conviction qui nourrit sa manière de concevoir la diplomatie. « La diplomatie, ce n’est pas rallier les gens à sa cause. La diplomatie, c’est la meilleure façon d’empêcher les conflits. »
Et pour prévenir les conflits, encore faut-il comprendre l’autre. « Quand on se connaît, on est capable de résoudre les différends. On peut ne pas être d’accord, mais il est intéressant de comprendre la logique de l’autre et de savoir où l’on peut se retrouver. »
« Si je suis ici, c’est pour sentir les choses »
Cette philosophie explique pourquoi Christine Fages multiplie les rencontres avec les acteurs du sport sénégalais. Football, basket-ball, athlétisme, sports de combat ou encore lutte : l’ambassadrice s’efforce de découvrir les disciplines qui rythment le quotidien des Sénégalais. « Si je reste dans mon bureau à lire des articles de journaux, c’est différent. Si je suis ici, c’est pour sentir les choses. » Une phrase qui résume sa conception du métier.
« Le diplomate est un métier de contact humain. »
Selon elle, la compréhension d’un pays ne peut pas se limiter aux rapports officiels ou aux statistiques. « Mon travail est de savoir comment ce pays fonctionne et de l’expliquer à mes interlocuteurs. Comme je dois aussi expliquer comment fonctionne mon pays. » Pour cela, il faut aller au contact des populations, comprendre leurs passions et leurs références communes.
La découverte de la lutte sénégalaise
Parmi les expériences qui l’ont le plus marquée figure sa découverte de la lutte sénégalaise. Christine Fages a notamment eu l’occasion d’échanger avec les Rois des Arènes, Modou Lo, mais aussi avec Sa Thiès afin de mieux comprendre les codes de cet univers souvent méconnu à l’étranger. « Je suis reconnaissante à Modou Lo de m’avoir accompagnée dans la découverte de ce milieu. »
La diplomate établit même un parallèle avec sa propre histoire personnelle. Originaire du Sud-Ouest de la France, elle a grandi dans une région où le rugby constitue un véritable marqueur identitaire. « C’est un peu comme le rugby dans le Sud-Ouest de la France. J’ai passé toute mon enfance autour des terrains de rugby. »
À ses yeux, la lutte dépasse largement le cadre sportif. « La lutte est quelque chose de ritualisé qui incarne un héritage culturel. » Elle y voit un élément capable de fédérer différentes générations et catégories sociales autour d’un patrimoine commun. « Le diplomate cherchera toujours quelque chose qui est fédérateur. »
Cette immersion a d’ailleurs donné naissance à plusieurs initiatives culturelles, dont une exposition consacrée à la lutte sénégalaise réalisée en partenariat avec des acteurs locaux.
Le sport comme miroir d’une société
Au fond, ce que révèle Christine Fages au cours de cet entretien, c’est une approche de la diplomatie qui passe par la compréhension des passions populaires.
Pour elle, le football, la lutte ou encore les autres disciplines sportives ne sont pas de simples loisirs. Ils constituent des espaces où se construisent les identités, où s’expriment les aspirations de la jeunesse et où se tissent les liens sociaux.
« Le vivre-ensemble, c’est notre travail. »
Mardi soir, lorsque Sénégalais et Français se retrouveront devant leurs écrans pour suivre cette affiche chargée d’histoire, l’ambassassadrice espère évidemment assister à un beau match. Mais elle y verra aussi la démonstration de ce qu’elle défend depuis son arrivée au Sénégal : le sport comme langage universel, capable de rapprocher les peuples bien au-delà du résultat final.
wiwsport.com (NAF)












