Après dix années de collaboration entre Dakar Sacré-Cœur et l’Olympique Lyonnais, le partenariat a pris fin comme annoncé par les deux clubs. Pour Wiwsport, Mathieu Chupin revient sur cette décennie de coopération, ses apports, ses défis et les perspectives à venir.
Quel regard portez-vous sur ces dix années de collaboration entre Dakar Sacré-Cœur et l’Olympique Lyonnais ?
Si ce partenariat a duré dix années, c’est qu’il a été, sans aucun doute, exceptionnel. La vidéo réalisée conjointement par l’Olympique Lyonnais et Dakar Sacré-Cœur, à l’occasion de l’annonce de la fin de notre collaboration, en dit long à elle seule sur la richesse et la qualité de cette relation.
Quels ont été, selon vous, les plus grands apports ou réussites concrètes de ce partenariat ?
Le premier mot qui me vient à l’esprit est la richesse humaine. Au-delà des résultats ou des transferts, c’est avant tout une aventure de valeurs partagées, de respect mutuel, de confiance et de loyauté. Nous avons noué avec l’OL des relations profondes et sincères, avec des dirigeants qui ont compté dans l’histoire contemporaine du football français. Je pense notamment à Jean-Michel Aulas et à Vincent Ponsot. Leur accompagnement, leur écoute et leur exigence ont été autant de leviers de croissance pour nous.
Deuxièmement, ce partenariat s’est distingué par la transversalité de la collaboration. Nous n’avons pas seulement travaillé sur le volet sportif : c’est toute la structure de notre club qui a été inspirée, challengée, consolidée à travers ce lien. L’OL nous a transmis son expertise sur des aspects aussi variés que l’organisation administrative, la formation, le développement commercial ou la stratégie d’image. Nous avons grandi grâce à cet échange constant et nourri.
Au-delà des résultats, qu’est-ce que vous retenez personnellement et professionnellement de cette expérience ?
Sur le plan sportif, plusieurs jeunes joueurs issus de Dakar Sacré-Cœur ont pu rejoindre l’Olympique Lyonnais. Si aucun ne s’est encore imposé en équipe première, certains ont marqué l’histoire du partenariat. Je pense notamment à Abdoulaye Niakhaté Ndiaye, dont le transfert a permis à l’OL de couvrir largement son engagement financier dans cette collaboration. Pathé Mboup, qui sort d’une très belle saison en Ligue 2, incarne également cette réussite. Et d’autres talents, comme Falou FALL ou Pierre-Antoine Dorival, sont aujourd’hui en pleine progression au sein de la structure lyonnaise. En somme, ce partenariat a été pour nous une formidable aventure humaine, structurante, et pleinement cohérente avec les ambitions de développement de Dakar Sacré-Cœur. Il laisse des bases solides pour la suite.
Quel a été, sur le terrain, l’impact de cette collaboration sur la formation des jeunes, des entraîneurs et du staff en général ?
Au-delà des aspects liés aux transferts de joueurs, la contribution de l’Olympique Lyonnais à la structuration de Dakar Sacré-Cœur a été considérable, en particulier sur le plan de la formation et du développement méthodologique. Tout a commencé dès 2015, avec l’arrivée d’Alain OLIO au sein de notre club. Ancien directeur de l’académie de l’OL (époque Karim Benzema ou encore Hatem Ben Arfa), Alain a déjà joué un rôle déterminant dans la mise en place du partenariat mais aussi dans la conception et la mise en œuvre de notre centre de formation. Il a véritablement été l’architecte de ce projet, en encadrant les premières promotions de jeunes joueurs, parmi lesquels Pathé Mboup. Par la suite, cette structuration a été renforcée par des missions régulières de techniciens de l’OL à Dakar, venant former et accompagner nos staffs dans la durée. Ce compagnonnage a eu un effet direct sur la qualité de l’encadrement de nos jeunes et sur la professionnalisation progressive de nos méthodes.
L’impact s’est naturellement ressenti sur le terrain, avec une montée en puissance de notre club parmi les structures de référence du pays. Dakar Sacré-Cœur, aux côtés de clubs comme Génération Foot et Diambars, est aujourd’hui l’un des principaux viviers de jeunes joueurs du championnat sénégalais. Ce travail contribue de façon concrète à l’élévation du niveau général de la Ligue 1 et de la Ligue 2 sénégalaises, car désormais, dans presque tous les clubs, on retrouve des joueurs issus de ces centres de formation.
Il ne faut pas non plus négliger les retombées indirectes et réciproques de ce partenariat. Philippe EULLAFFROY, qui a été notre directeur technique ces deux dernières saisons, vient d’être recruté par l’Olympique Lyonnais pour piloter la méthodologie au sein de l’académie OL. Martin FABRE, un autre ancien de Dakar Sacré-Cœur, est également aujourd’hui éducateur à l’OL. Cela montre que notre collaboration a favorisé des échanges de compétences dans les deux sens, renforçant les liens humains et professionnels entre nos deux institutions.
En résumé, ce partenariat a fortement contribué à faire de Dakar Sacré-Cœur un club formateur crédible, structurée et reconnue, et il a, à sa manière, servi l’évolution du football sénégalais dans son ensemble.
Pourquoi ce partenariat prend-il fin aujourd’hui, après une décennie ? Est-ce une décision conjointe ?
Le partenariat entre l’Olympique Lyonnais et Dakar Sacré-Cœur a été exceptionnel à bien des égards, tant sur le plan humain que sportif, et a permis pendant dix ans un partage d’expertise et de valeurs remarquables. En juin 2024, nous avons convenu ensemble de renouveler notre collaboration pour une durée d’un an, alors que nos précédents cycles étaient systématiquement de trois ans. Cette période devait permettre d’explorer les bases d’un nouveau type de collaboration, potentiellement plus adapté à l’évolution des deux structures. Malgré une volonté commune de poursuivre notre relation, nous n’avons pas réussi à trouver un cadre nouveau qui conviendrait pleinement aux deux parties. C’est donc d’un commun accord que nous avons décidé de mettre un terme au partenariat au 30 juin 2025. Cette décision n’efface en rien les nombreux succès partagés au cours de cette décennie. Elle marque simplement la fin d’un cycle, dans le respect mutuel et avec la conscience du chemin parcouru ensemble.
Avez-vous rencontré des défis particuliers dans cette coopération ?
Il n’y a pas eu de défi majeur dans la coopération elle-même, car nous avons toujours su avancer ensemble dans un esprit de dialogue et de recherche de solutions. Cela dit, le principal défi a sans doute été d’ordre sportif : pour nos jeunes joueurs sénégalais, intégrer un club aussi exigeant que l’Olympique Lyonnais, l’un des meilleurs centres de formation au monde, représentait une marche très haute. Certains talents prometteurs auraient peut-être eu plus d’opportunités dans un environnement au niveau sportif légèrement inférieur. Mais ce niveau d’exigence a aussi été une formidable école.
Des liens informels avec l’Olympique Lyonnais pourraient-ils subsister ?
Au-delà de la fin formelle de la collaboration, nous savons que des liens d’amitié et de respect mutuel perdurent avec de nombreux collaborateurs de l’Olympique Lyonnais. Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Ce partenariat se termine dans sa forme contractuelle, mais l’histoire humaine, elle, continue.
Comme d’autres clubs formateurs du continent africain, Dakar Sacré-Cœur est aujourd’hui de plus en plus sollicité. C’est une réalité liée à la place croissante que l’Afrique est en train de prendre dans le paysage mondial du sport. Je le rappelle en 2050, un tiers de l’humanité sera africain – et fort logiquement un tiers des sportifs de haut niveau dans le monde.
Ce potentiel est immense, mais il appelle à la plus grande vigilance. Le risque est réel que l’Afrique, une fois encore, ne bénéficie pas à sa juste mesure de la valeur qu’elle crée. La richesse humaine est notre plus grand bien, et nous devons en assurer la meilleure valorisation, dans l’intérêt des talents comme des structures qui les accompagnent.
Quelles perspectives s’ouvrent pour Dakar Sacré-Cœur ? Envisagez-vous un nouveau partenariat international à moyen terme ?
Depuis plus d’un an, nous avons été sollicité par des clubs européens et américains, ainsi qu’avec certains investisseurs. Mais nous prenons le temps de réfléchir sereinement pour faire le bon choix, celui qui préservera notre modèle et respectera notre identité. Il ne s’agit pas simplement de trouver un partenaire : il s’agit de s’associer à des acteurs qui croient réellement au développement du continent africain et qui souhaitent y contribuer de manière durable, dans un esprit de respect et de co-construction.
Dakar Sacré-Cœur fait partie des rares clubs en Afrique à avoir mis en place un véritable modèle économique diversifié, au-delà du seul football professionnel. Nous avons été pionniers dès 2010 dans le développement du football loisir, qui est aujourd’hui une composante importante de notre équilibre économique et de notre lien avec notre communauté locale.
C’est avec cette approche exigeante mais lucide que nous abordons l’après-OL. Et c’est dans cet esprit que nous construisons l’avenir de Dakar Sacré-Cœur, en restant fidèles à nos valeurs et à notre projet de développement.
Propos recueillis par Nafy Amar FALL























