Actuel 6e de Ligue 2, Keur Madior FC n’est plus à présenter aux amateurs du foot local. Bien que sa naissance puisse être confondue à son accession au niveau professionnel du football sénégalais, le vainqueur de la première édition de la Coupe HCCT (2018) est un réel modèle de réussite du projet sport étude.
Le parcours, le projet, les ambitions, le vice-président du club mbourois, Pape Djibril Diop nous dit tout dans cet entretien exclusif accordé à wiwsport.com.
Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre club ?
L’idée de mettre en place un cadre sportif est née depuis la création du Complexe Scolaire International Keur Madior, en octobre 2003. Nous avons tout de suite senti ce besoin d’épanouissement chez les jeunes. Ainsi nous avons voulu asseoir cet environnement où on leur permettrait d’allier le sport aux études.
À l’époque, qu’est-ce qui a motivé ce projet étude sport ?
Les écoles de sport ont démarré avec les élèves de l’établissement qui se retrouvaient dans l’enceinte scolaire les après-midi ou les jours non ouvrables. C’est avec cet élan que nous avons pu mettre en place des équipes qui plus tard prendraient part aux compétitions nationales.
Il était très important pour nous d’offrir aux élèves de notre établissement et même d’autres de vivre leur passion. Nous avons, dès le début, intégré cette idée dans notre projet. Nous avons donné une place importante au sport dans notre projet éducatif notamment le basketball, le kung-fu, le football…
Quels enseignements tirez-vous de votre parcours, de la création jusque-là ?
Une fois affiliés en 2005, nous avons compté sur la formation, les talents de l’établissement et de quelques jeunes d’autres établissements pour nos premiers pas. Ce n’était pas facile, mais avec l’équipe en place qui est très chevronnée, nous avons enchaîné les succès. Dès la première année, nous avons gagné le championnat régional, un an après nous sommes montés en national 2 (N2) que nous avons aussi gagné un an plus tard en 2007.
Avec l’avènement du professionnalisme nous avions à ce moment la possibilité d’accéder en Ligue 2, mais nous avions jugé mieux de rester en National afin de donner du temps au club pour mieux grandir et affûter nos armes. Parce que nous voulions laisser le club se structurer avec une équipe managériale expérimentée – avec à sa tête, le Président Mouhameth Diouf.
Nous avons fait l’apprentissage dans le championnat national 1 (N1), championnat que nous avons remporté en 2017 ainsi que le premier trophée de la Coupe Amateur, dénommé Coupe du Haut Conseil des Collectivités Territoriales.
Comment appréciez-vous l’aventure dans le football professionnel après 4 ans ?
Une aventure intéressante et exaltante qui permet au club d’engranger de l’expérience et de grandir. En effet un club sportif, ce n’est pas seulement des licenciés, c’est tout un écosystème qui doit être mis en place. D’ailleurs c’est pour cela que nous donnons du temps à la formation et en parallèle permettre au club de mûrir en Ligue 2. Keur Madior évolue en L2 depuis 2017 mais, nous ne sommes pas loin de nos buts initiaux malgré le passage de la Covid-19 qui a freiné notre élan.
Quelle est la place de la formation dans votre projet actuel ?
Depuis notre accession en Ligue 2, nous avons d’abord travaillé sur la durée avec la formation d’abord. Nous avons assuré la première mouture en recrutant des élèves talentueux de l’établissement scolaire. Au début, le recrutement se faisait avec les jeunes de l’établissement et parfois des élèves d’autres établissements. Après quatre ans en Ligue 2 aujourd’hui, il y a 4 ou 5 joueurs formés à Keur Madior qui sont dans l’équipe A.
Nous avons travaillé sur l’autonomisation de notre structure avec notamment un centre d’entraînement qui offre de meilleures conditions de travail à l’équipe. Tout ceci a été parachevé cette année par la mise en place de l’académie avec les U12, 13 et 14 ans, tous pris en charge aussi par le club (scolarité, hébergement suivi médical etc.)
Quel est votre regard sur le niveau du championnat local ?
Le niveau de nos championnats (Ligue 1 & Ligue 2) est relevé et il n’y a qu’à voir le niveau des équipes qui se tiennent tête. Tous les matchs sont disputés et cela atteste du contenu intéressant que propose notre football. Aujourd’hui, beaucoup d’équipes peuvent être championnes, que ce soit en L1 comme en L2. À notre niveau, nous avons misé sur la durée c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place une politique de formation depuis notre accession en Ligue 2.
Quelle est la place de Mbour sur l’échiquier du football sénégalais ?
Je pense que, mis à part la relégation accidentelle du Stade de Mbour en Ligue 2, Mbour est la capitale du football sénégalais. Aujourd’hui nous avons Diambars, Mbour Petite-Côte, Stade de Mbour, Demba Diop, Keur Madior qui évoluent au niveau professionnel. Cela montre qu’un travail a été fait notamment dans la formation. Comme le dit souvent le président Mouhameth Diouf, nous n’avons pas besoin d’aller chercher ailleurs puisque Mbour regorge d’énormes talents.
Toutefois, il faudra accentuer les efforts sur les infrastructures sportives dans cette ville afin d’encourager les efforts consentis par les clubs. Aujourd’hui, il y a une nouvelle équipe municipale en place et qui a fait d’énormes efforts pour réfectionner le stade, maintenant cela nous donne des espoirs pour des lendemains meilleurs.
En début de saison quels étaient les objectifs de Keur Madior FC ?
L’objectif de cette année était d’assurer le maintien. C’est l’objectif que nous avions assigné au staff. Avec cette feuille de route, nous leur avons permis de travailler dans la sérénité et le calme. Mais l’appétit vient en mangeant et mis à part le fait que nous manquions un peu de constance dans nos résultats, le club se porte bien et est toujours au contact des équipes de tête. Nous travaillons dans un environnement serein, sans pression ni sur le staff, ni sur les joueurs. Nous mettons l’accent sur la formation qui demain devrait permettre au club d’avoir plus de performances.
Nous connaissons la peine des clubs avec les finances, quelle est la stratégie de KMFC ?
Nous avons mis en place une stratégie définie et orientée par l’administration du club avec à sa tête, le Président Mouhameth Diouf. Un club ne se gère pas avec la poche et pour cela nous avons très vite décliné une stratégie financière pour supporter les charges. Dans ce schéma nous avons comme premier partenaire, la municipalité de Mbour et aussi le président du conseil d’administration M. Massamba FALL qui apporte un soutien énorme à travers ses structures qui permettent au club d’avoir des ressources. L’Institution aussi qui joue sa partition à la mise en place du budget.
Il y a aussi le club qui s’y met à sa manière. Par exemple, quand nous avons accédé en Ligue 2, nous avons ouvert une boutique qui vend des articles de sport qui génère aussi des ressources. Il y a aussi une logistique (bâches, chaises, sonorisation…) qui apporte beaucoup depuis longtemps. Aujourd’hui, avec le terrain d’entraînement aussi, nous pouvons compter sur la location de nos structures pour avoir des revenus. Nous n’allons pas manquer de citer nos mécènes et nos partenaires qui appuient l’équipe.
Tout cela aide à mettre en place un budget. C’est très difficile, mais nous sommes dans une perspective ou le Sénégal entame une année très glorieuse avec la CAN et la qualification au mondial 2022. Je pense qu’avec la partition jouée par les clubs locaux, l’Etat pourra prêter une oreille plus attentive au foot local. On ne le dit pas assez, mais chaque club emploie au minimum 50 personnes, ce qui démontre à suffisance que nos clubs sont des incubateurs d’emploi pour les jeunes.
Quelles perspectives pour le foot local au lendemain des récentes gloires de l’équipe nationale ?
Le football local a joué un rôle prépondérant dans les récentes gloires de l’équipe nationale. La majorité des champions d’Afrique sont issus de l’expertise locale avec les Ismaïla Sarr, Saliou Ciss, Sadio Mané, Cheikhou Kouyaté, Gana Guèye… Ces résultats sont le fruit d’un long travail au niveau local avec notamment les académies, les centres de formations et les clubs. C’est la confirmation que l’expertise locale est là et doit être soutenue et encouragée.
Il faut impérativement travailler avec la Fédération, notre instance faîtière pour pouvoir surfer sur cet élan et qualifier l’équipe locale au CHAN pour montrer le vivier sénégalais. Les récents résultats de Teungueth FC et Jaraaf en coupes africaines montrent qu’avec un peu plus de moyens nous pouvons rivaliser avec les autres.
Votre mot de la fin ?
Aujourd’hui, je pense que nos autorités ont compris que le sport est une économie et qu’il faudrait y investir pour pouvoir préparer nos entités aux victoires. Le Sénégal a gagné la Coupe d’Afrique et c’était l’apothéose. Le sport a cette valeur de communion, c’est un ciment social. Il faudrait définir des politiques pour offrir aux nombreux jeunes passionnés qui trouvent des emplois dans les clubs de réussir par le sport. Les clubs méritent d’être accompagnés parce qu’ils suppléent l’Etat dans sa fonction d’offrir aux jeunes des alternatives de réussites.
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