Alors que Cheikh Ahmadou Bamba attire aujourd’hui tous les regards après une début de saison révélateur à l’Olympique de Marseille, son entraineur formateur à l’Académie Diambars raconte le nouveau prodige du football sénégalais. Récit par Eurosport.
Sous l’explosion de Cheikh Ahmadou Bamba Dieng, l’Olympique de Marseille réalise un début de saison plutôt intéressant. Impressionnant, le désormais attaquant, puisqu’il a évoluait au poste de défenseur dans son passé récent à Diambars, marque son empreinte dans le Championnat français … Dans un large entretien accordé à Eurosport, Pape Boubacar Gadiaga, père-entraineur de Diambars, se confie sur Bamba.
« C’est la façon de procéder à Diambars, avec les jeunes joueurs (évoquant le poste de défenseur occupé à Diambars par Bamba Dieng, NDLR). Nous les faisons évoluer à plusieurs postes, afin qu’ils soient capables de mieux comprendre le rôle du défenseur, du milieu de terrain et de l’attaquant », explique Boubacar Gadiaga, entraineur professionnel à Diambars dès le tout début jusqu’en 2020, avant son départ au Maroc et à l’Académie Mohammed-VI.
Quand il a marqué son premier but avec l’Olympique de Marseille la saison dernière, Bamba Dieng avait fait exploser de joie ses anciens partenaires à Diambars. C’était le 10 février 2021 lors du troisième tour de la Coupe de France face à Auxerre. Moins de dix mois plus tard, le prodige sénégalais figure dans la dernière liste de l’Equipe Nationale du Sénégal, qui dispute ce mois-ci les troisièmes et quatrièmes journées des qualifications pour la Coupe du Monde 2022.
Auteur de trois buts en sept appariations (toutes compétitions confondues cette saison), Bamba Dieng a tapé dans l’œil de plusieurs observateurs, mais pour Pape Boubacar Gadiaga, il lui faudra de patience. « J’ai parlé avec lui, après le match à Angers (0-0). Bamba est un garçon plein de sagesse, très patient. Il sait très bien qu’il y a beaucoup de concurrence à Marseille, qu’il est jeune et donc très perfectible. Bamba a compris que parfois, il ne va jouer que cinq, dix ou quinze minutes, mais à chaque fois, il se donnera à fond », poursuit Gadiaga.
« Il est aimanté par le but. Il me rappelle Jean-Pierre Papin »
A Diambars, tout n’a pas été simple pour ce natif de Pikine, la deuxième ville du Sénégal, située à une dizaine de kilomètres de Dakar. D’abord licencié à l’ASC Sonacos Diourbel (2010-2014), c’est lors d’une des nombreuses détections organisées par Diambars qu’il a intégré en 2014 la très réputée académie basée à Saly. Après avoir été essayé à plusieurs postes, Dieng s’est fixé à celui de numéro 9, rappelant à Gadiaga un certain Jean-Pierre Papin.
« J’étais à l’OM, chez les jeunes, quand Papin est arrivé, en 1986. Par certaines attitudes, Bamba me rappelle JPP, dans sa capacité à tirer dans toutes les positions. Il est aimanté par le but, il a le sens du but en lui. » A 17 ans, pourtant, une grave blessure à un genou le freine dans sa progression, l’éloignant des terrains pendant plus d’un an. » Mentalement, cette épreuve l’a endurci. Il a presque tout repris à zéro», rappelle son ex entraîneur.
Son retour à la compétition a lieu en 2018-2019, alors que Diambars évolue en Ligue 2. Dieng contribue à l’accession de l’équipe en KL1 à la fin de la saison, sans jouer tous les matches. « Bamba a su revenir progressivement, en marquant des buts. Il n’était pas un titulaire en puissance », poursuit Gadiaga. Le jeune attaquant, sans manifester la moindre impatience, accepte ce rôle hybride – un jour titulaire, un jour remplaçant – et s’offre même une petite coquetterie en terminant meilleur buteur de L1 avec 12 buts inscrits lors de ses quatorze premiers matches.
Cette efficacité lui vaut, surtout, d’attirer l’attention de l’OM, spectateur privilégié de la progression des meilleurs académiciens. Les négociations aboutiront en octobre 2020, sans que cela n’étonne Gadiaga. « Bamba a les qualités pour jouer en Europe. Mentalement, il est armé. Il me rappelle Idrissa Gueye, formé lui-aussi à Diambars, qui a su s’accrocher, alors qu’au départ, Lille ne le faisait pas jouer avec les pros. Pour Bamba, c’est différent, car l’OM lui fait confiance. Mais quand je parle de sa force mentale, je fais référence à ce qu’il a su faire pour surmonter sa blessure. Et je trouve qu’il s’adapte plutôt bien à la L1 française, à un tout autre niveau que celui du Sénégal. »
« Le plus dur commence pour lui »
Depuis le Maroc, Gadiaga continue à suivre l’évolution de son ancien joueur. Et sa connaissance approfondie du cas Dieng lui permet d’avoir un avis précis sur ses principaux axes de progression. « Il a besoin d’améliorer son jeu dos au but. Dieng est un joueur qui aime prendre l’espace, et dans une équipe comme l’OM, qui se projette vite vers l’avant, c’est un avantage. Il doit aussi apprendre à être plus habile dans certains gestes, mais il va apprendre avec l’âge. » L’OM, en refusant de le prêter à Dijon (Ligue 2), lors du dernier mercato estival, a montré qu’il comptait sur lui, alors que les deux parties discutent de la prolongation de son contrat, sur fond de revalorisation salariale (Dieng, qui gagne 4.000 euros par mois, souhaiterait émarger à 40.000 euros, ndlr).
« Le plus dur commence pour lui », intervient l’ancien international sénégalais Oumar Diallo, l’entraîneur des gardiens de Diambars. « Comme il joue dans un grand club, il est exposé. Bamba Dieng est un bosseur, un joueur qui ne s’économise pas. On voit que c’est un garçon généreux, explosif, vif. Il sera important pour lui de savoir se reposer quand ce sera nécessaire Je ne doute pas de sa réussite en Europe. Et le fait de côtoyer en sélection des gens comme Sadio Mané ou Kalidou Koulibaly va l’aider à progresser, à mûrir. »
Ses liens avec Diambars, où chacun de ses matches est suivi de très près, ne se sont jamais distendus. L’été dernier, lors de ses vacances, Dieng est venu passer plusieurs jours à Saly pour rendre visite à ses anciens coéquipiers et entraîneurs. En toute simplicité.
Avec Eurosport























