Le premier vice-président de la Ligue sénégalaise de football professionnel, Djibril Wade, reconnait l’existence de difficultés financières dans le foot local, causées par un manque de sponsor. Le président de Niary Tally-Grand Dakar-Biscuiterie (Ngb), satisfait de l’appui financier de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) à leur structure, se prononce sur l’accompagnement de l’instance et le démarrage du championnat.
Le Comité exécutif de la Fsf a pris l’initiative d’appuyer la ligue, à hauteur de 150 millions de francs Cfa, pour l’apurement de ses dettes. Quelle analyse faites-vous de cette décision ?
J’en fais une lecture extrêmement positive, dans la mesure où la Ligue professionnelle de football était en train de traverser des difficultés, depuis deux ans, à cause de la perte de son sponsor officiel Orange. Elle s’est ensuite débrouillée pour signer un autre contrat avec une télévision chinoise, Star-times, pour financer son programme et aider les clubs. Malheureusement, on a eu des problèmes après quelques matches disputés.
La Ligue pro ne pouvait plus continuer à dérouler ses programmes pour défaut de financement. Nous devions des arriérés à des clubs ayant gagné des titres de champion : Génération Foot, Jaraaf et Stade de Mbour pour la Coupe de la Ligue. Ces arriérés ont avoisiné 10 000 000 F Cfa. La fédération a accepté de prendre en charge cette dette. Elle a également pris l’initiative d’éponger les honoraires des arbitres. Les fédéraux se sont aussi engagés à financer les saisons 2019-2020 et 2020-2021. Mais cet accompagnement va être séquencé, parce que si la ligue trouve, entre-temps, des moyens financiers, la fédération va arrêter son appui. Il faut magnifier ce geste de l’instance du football sénégalais. Elle a résolu nos difficultés à 90 %.
Donc la Ligue pro doit être satisfaite, même s’il lui reste encore des défis à relever. Les problèmes financiers dépassent la Ligue pro et touche les clubs. Les équipes se sont beaucoup investies pour amener le football là où il est aujourd’hui, grâce à l’implication des centres de formation comme Diambars, Génération Foot, Dakar Sacré-Cœur et les clubs populaires : Niary Tally, As Pikine, Mbour Pc, Teungueth Fc… La fédération appuyait de manière épisodique la ligue, mais la situation était grave à tel enseigne qu’il fallait la poser publiquement. Nous l’avons fait et les fédéraux ont pris la bonne décision.
Est-ce que les amateurs peuvent s’attendre à un début imminent du championnat de football sénégalais ?
Oui, on doit s’attendre à un début imminent. La Ligue pro va réunir d’abord son Conseil d’administration en fin septembre, pour se pencher sur la situation et laisser ensuite aux clubs le soin d’apprécier la situation. Il appartient aux équipes de dire si le moment est opportun ou pas parce qu’on peut démarrer et rencontrer des difficultés après. Mais on va discuter et essayer de trouver des solutions. Il faut repenser les relations entre la ligue et la fédération. La Fsf ne doit pas simplement se limiter à financer la ligue. Elle doit essayer de lui trouver des moyens financiers, des sponsors et des solutions pérennes. C’est à nous de travailler pour que la fédération n’injecte plus de l’argent pour la ligue. Et pour ça nous allons tenir un conseil d’administration pour apprécier.
De toute façon, il n’y a pas encore péril en la demeure, parce que les championnats ont commencé depuis cinq ans au mois de novembre. Donc, nous sommes encore dans les délais. On va on convoquer notre conseil d’administration et faire tout pour commencer probablement le championnat au début du mois de novembre.
Qu’est-ce qui bloque le contrat de sponsoring entre la Ligue pro et Star-times avant même la fin de la première saison ?
Star-times a rencontré des difficultés, car il lui est reproché de concurrencer une autre chaine sénégalaise dans la télévision numérique terrestre (Tnt). Et son concurrent dit qu’il est en porte-à-faux avec les lois sénégalaises. Mais aujourd’hui on a remarqué que ce n’est plus le cas. Certes, Star-times avait au début deux décodeurs, un Tnt et un Dth, mais il a régularisé sa situation après. La ligue a écrit une lettre à l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp) mais celle-ci n’a pas encore répondu. C’est pourquoi nous attendons l’arbitrage du président de la République pour que la chaine Start times puisse dérouler ses programmes convenablement. La justice doit vider très rapidement ce contentieux. Cela permettra à la ligue de se déterminer dans sa recherche de sponsors.
Qu’est-ce que la ligue doit faire pour éviter les difficultés financières dans les prochaines années ?
Nous devons faire recours au financement. Le football professionnel doit être financé. Les mécanismes de financement sont là, mais nous on ne les exploite pas. Il s’agit principalement de la billetterie et du sponsoring. A côté de ces deux, il y a le transfert des joueurs qui est une source de financement exceptionnelle. Mais au Sénégal le transfert de joueurs est devenu une source principale, alors que c’est quasiment impossible. On ne peut pas financer un club sur la vente d’un ou deux joueurs par année.
Aujourd’hui, les ressources de notre football doivent provenir du Sénégal. Nous devons compter sur notre propre force, c’est-à-dire la billetterie, le sponsoring et les droits de télévision. On ne peut faire un football professionnel sans en avoir ces trois éléments. Maintenant, pour avoir la billetterie, il faut que les clubs fassent l’effort de disposer des infrastructures, poser un bon jeu et populariser le football. Cette popularisation passe d’abord par une transmission des matches par une chaine de télévision pour que les amateurs et les supporters puissent venir massivement. Donc, c’est au club de trouver la solution. Nous pouvons compter sur le soutien et la solidarité de l’Etat, de la fédération et du ministère des Sports. Mais il faut que les dirigeants continuent à investir et que les autres acteurs jouent leurs partitions.
Source: Enquête+






















