A 34 ans, Pape Amadou Sougou a presque parcouru le monde (Portugal, Roumanie, France, Angleterre et Inde). Dans toute sa carrière, il est resté seulement une seule fois plus de deux ans dans un club (Coimbra). L’ancien sociétaire de l’AS Douane a connu 10 clubs dans sa carrière. Cette fois ci, il s’est retrouvé sur les terres indiennes. L’attaquant évolue au Mumbai City Fc. En 18 matchs, il a inscrit 12 buts.
Salut Modou. Comment es-tu arrivé en Inde ?
Ce n’était pas quelque chose de prévu. J’ai reçu la proposition alors que j’étais sans club. Je l’ai étudiée. En France, on connaît ce championnat. Anelka, Piquionne, Benachour sont venus, il y a eu de la visibilité. J’ai fouillé, et discuté avec un de mes potes portugais, Zeguinha, qui avait joué ici l’an dernier. Au départ, il était réticent, mais il avait aimé. Selon lui, le futur, c’est ici. Ce n’est pas un championnat de quasi-retraités comme on dit, il y a des bons joueurs espagnols ou sud-américains. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » J’étais aussi en contact avancé avec Troyes en Ligue 2.
Justement, tu arrives dans une ville avec pas mal de musulmans. Tu as vite trouvé une mosquée ?
Je vis ma religion : je fais le ramadan, mes prières. Ici, il y a une mosquée juste à côté de l’hôtel. On entend l’appel à la prière. J’y vais avec un autre joueur musulman, Mohammed Rafique. On reste là-bas, on écoute, ça me fait du bien. Si mon emploi du temps me le permet, je sais que je peux aller à la mosquée pour prier. Mon père, qui est hyper religieux, m’a demandé : « Vu qu’il y a beaucoup de musulmans en Inde, tu as trouvé une mosquée ? » Quand je lui ai dit où elle était située, il a répondu : « Hamdoullah » , il était content. Des gamins viennent me voir, mais je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’échanger avec les anciens. Il n’y a pas de différence dans la pratique de la religion, mais quelques changements dans les tenues vestimentaires.
Ton équipe est basée en grande banlieue, à Navi Mumbai, à une vingtaine de bornes. Vous arrivez quand même à sortir dans le centre ?
C’est vrai que c’est un peu dommage : les déplacements à l’intérieur de la ville, il faut faire 1h30 de taxi aller, 1h30 au retour. Quand on sort en ville, on va au Boteco, un resto brésilien, parce qu’on a un pote de ce pays. Et j’ai joué longtemps au Portugal, j’aime ça.
Est-ce que tu as une pression supplémentaire avec ton pedigree (participation à la Ligue des champions, international sénégalais) ?
Je suis conscient qu’il y a une différence, et plus d’attente. J’ai beaucoup de respect pour les joueurs locaux, mais je sais qu’en tant que joueur étranger, tu dois apporter un plus, faire une différence sur le terrain. Ici, ou dans n’importe quel pays, quand on perd, on va dire que les joueurs étrangers ne sont pas bons. On peut vite dire : « Ils sont pourris les étrangers, retournez en Europe, vous êtes venus pour les sous ! » Et quand on gagne, on va dire que c’est grâce à l’équipe. C’est la loi. Si on ne gagne pas, je rentre à l’hôtel et je ne dors pas. Je suis pressé de rejouer. Après la défaite 0-2 à domicile pour le premier match, je l’ai vu sur le visage des gens. Tu te sens mal à l’aise. Je sentais que ça commençait à aller dans ce sens : genre, « bougez-vous ! »
Tu as eu une période de chômage. Psychologiquement, comment l’as-tu vécue ?
J’ai fait des choix. Je l’assume. J’ai eu des propositions pour aller en Grèce et en Turquie, mais il n’y avait aucune garantie salariale. Le mercato est passé, et j’ai attendu. Je ne fais rien contre mon gré. Si je m’arrête à 32 ou 33 ans, tant pis, je suis content de ma carrière. Il me fallait un projet dans lequel je me sentais bien.
Pendant la période de chômage, je m’entraînais avec un préparateur physique que je payais. J’avais parfois des invitations de clubs que je connais, histoire de m’entretenir avec le ballon et travailler le volet musculaire. Quand j’ai signé ici, je n’ai pas perdu de temps, j’ai joué tout de suite.
Tu as 34 ans. Comment sens-tu ton corps vieillir ?
Je fais plus attention à la diététique, à la récupération. C’est ce que j’ai appris en France. Je fais gaffe à l’hydratation, au sommeil, aux étirements. J’ai pris seulement un kilo pendant ma période de chômage. Je me pesais tous les jours. Avec ma morphologie, je touche du bois. Et j’ai gardé une habitude de mon passage en Angleterre : les séances de yoga. À Sheffield, on en avait chaque jeudi. Ça me fait du bien, je suis en forme le matin après des exercices.
Source: SO Foot