
Ironie du sort : le fait que son parrain est le désormais tristement célèbre Lamine Diack, englué dans un scandale ayant à jamais terni sa réputation, n'est que l'aspect grotesque du mauvais départ qu'il prend… Il faut lui en trouver un de plus décent, sans délai. Mais les tribulations de son parrain ne sont pas ses seules mauvaises surprises. On peut aussi penser, en effet, que ce marathon, organisé par la firme francaise Eiffage, pour promouvoir son autoroute, peut dérouter, à première vue, celles et ceux, y compris l'auteur de ces lignes, qui pensent encore que la gestion des activités sportives d'une nation en développement comme la nôtre ne doit pas échapper aux instances gouvernementales, dans le cadre de politiques publiques sportives pertinentes, même si une place mérite, comme ici, d'être laissée aux entrepreneurs privés…
Effage l'a compris. D'ou sa décision de s'engager dans ce créneau porteur et, je l'espère, populaire sur le long terme. Cela dit, son objectif, non avoué, en situant le tracé de la course entre le Centre international Abdou Diouf, d'où elle partira, et, en exergue, une boucle sur l’autoroute, vise manifestement à plaire aux autorités sénégalaises ; ce qui se comprend pour une entreprise ayant gagné la concession de l’autoroute. L'autre gain qu'elle peut en tirer, c'est qu'elle lui permet de montrer ses capacités techniques, incarnées par cette autoroute et ses ouvrages annexes, afin de charmer la population sénégalaise tout en faisant un clin d'œil aux pays voisins.
Ayant regardé ce parcours avec attention, je n'ai pas pu cependant m'empêcher de me poser un certain nombre de questions sur l'événement qu'il doit accueillir. La principale question qui vient en tête est celle de savoir comment la course aurait pu être mieux gérée par la ville de Dakar, en association avec Eiffage, afin de mieux faire la promotion de notre pays. Cet événement, bien structuré, peut contribuer à mettre en valeur ses atours et atouts au moment précisément ou son tourisme, souffrant de revers nombreux, a besoin, entre autres, d'un lifting promotionnel.
En un mot, comme en mille, en organisant un marathon, on ne doit jamais oublier qu'il a pour vocation, non toujours évoquée, de servir de vitrine au pays ou à la ville où il se déroule…
Prenons les exemples d'autres marathons déjà solidement établis. Comme celui de Paris qui part des Champs Elysées, celui de Berlin dont le départ est la porte de Brandebourg, ou encore ceux de Londres et de New York, désormais connus par le lieu ou leur coup d'envoi est donné, respectivement Greenwich et Staten Island.
Tous ces marathons, dits majors en l'espèce, ont une particularité. Leur ambition est de faire la promotion de leur ville, de permettre aux spectateurs de voyager en s'y transposant virtuellement, bref, de faire découvrir et aimer leur ville-hôte.
D'ou la question de savoir si le marathon de Dakar ne passe pas à côté de la…plaque ? Plus brutalement posée, elle revient à se demander si c'est faire la promotion de Dakar que de structurer la course sur la portion de l’autoroute entre le Centre international Abdou Diouf et la sortie de Rufisque, en aller retour ? Soyons francs : rien n'est visible sur ce parcours retenu. Au mieux ou pire, on n'y voit que des maisons non terminées, des sachets de plastique, la terre ocre de notre Afrique, et, peut-être, comme joyau, unique signe de promotion, cette réalisation d’Eiffage.
Autant dire qu'un événement de cette envergure devrait être organisé par la ville de Dakar, en association avec des sponsors, dont Eiffage, avec un parcours permettant de découvrir les charmes de notre capitale, sa place de l’indépendance (point de départ et arrivée), en passant devant le palais présidentiel, la corniche, la route de l’aéroport, une partie de l’autoroute ( pour le sponsor Eiffage), le parc de Hann, la place de l’Obélix, la Rts et un retour à la place de l’indépendance.
En dessinant son tracé, en habillant sa mariée, le Sénégal se donnerait une visibilité certaine et maitriserait sa relation avec son secteur touristique.
Il serait ainsi facile pour le ministère du Tourisme de participer aux stands des marathons pour faire la promotion de Dakar et, plus largement, celle du pays qui en a grandement besoin en ces temps de disette touristique.
Acteur connu du monde de l'entreprise au Sénégal, assez futé pour pouvoir et vouloir utiliser le marathon comme instrument de marketing, Gérard Senac a fait donc un choix calculé, intéressé sans doute, en organisant ce marathon. Mais ce qu'il propose comme plan de route de cet événement est loin non seulement de refléter la beauté et les réalités de notre capital, mais ce n'est pas le moyen de donner à notre tourisme sportif, à notre tourisme tout court, et au développement économique du pays, les effets de leviers qui auraient pu découler d'une démarche plus globalisante, moins étriquée, dans l'organisation de ce qui peut devenir un rendez-vous important dans l'agenda du sport au Sénégal. Il faut revoir le circuit si ce projet doit être pérennisé et rendu utile….
Vendre la destination Dakar et faire de ce marathon un rendez-vous incontournable doivent figurer au nombre des critères de son organisation. Car pour qu'un marathon puisse s'inscrire dans la durée, il faut notamment que les participants soient en nombre croissant (plus de 45.000 à Paris en 2015), que la qualité du parcours, le nombre de sponsors, voire l’exposition médiatique se conjuguent pour participer à l’éducation sportive dans le pays-hôte, mais également à son développement économique. En somme, les autorités sportives du Sénégal doivent reprendre ce dossier pour engager une approche sportive plus dynamique et structurante, laquelle intégrerait la mise en place de parcours sportifs adaptés à Dakar, et dans les régions, mais créerait de surcroit un engouement autour de cette manifestation. C'est à ce prix qu'il deviendra un must, un rendez-vous incontournable pour les marathoniens qui n'ont, compte tenu des nombreux marathons à travers le monde, que l'embarras du choix. Les convaincre des pertinences de celui de Dakar deviant, dès lors, une ardente obligation !
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