Son premier contact avec la balle orange, un pur hasard. La décision d’en faire un métier est un choix armé de passion. « Le basket, c’est toute ma vie » nous a confié Mamadou Faye dans un entretien qui s’est déroulé dans nos locaux. Pour celui qui s’amusait dans les terrains de foot, qui était destiné à un avenir de « comptable » peut-être… Il s’illustre maintenant sur les parquets faisant connaitre son nom à travers les compétitions. Du terrain de basket de Castor aux parquets français, Mo Faye nous a tout raconté sur son parcours et ses ambitions.
Comment as-tu vécu cette première saison avec Joeuf-Homécourt Basket ?
C’était une nouvelle expérience pour moi. J’ai évolué une fois en dehors du Sénégal mais c’était en Algérie donc toujours en Afrique. Le basket en Europe, je ne connaissais pas. C’était aussi une première pour moi de vivre seul, ce dont je n’avais pas l’habitude.
Quelle est la différence fais-tu du basket sénégalais à celui français, à ce niveau ?
Je trouve le championnat sénégalais est plus difficile, plus physique. En N2, on a joué 26 matchs en tout là-bas et j’ai noté que la différence se ressent plus dans les conditions de travail. Là-bas, le terrain où tu joues est à ta disposition pour s’entrainer, se préparer. Tandis qu’ici, ce n’est pas le cas. Et cela a des conséquences directes sur les performances des joueurs. Au Sénégal, on s’entraine sur des terrains vagues pas dans des salles fermées. Regarde, nous sommes plus à l’aise à Marius Ndiaye où nous avons nos repères qu’à Dakar Arena ou nous nous entrainons qu’avec l’équipe nationale. En France, tu as aussi le cadre pour faire de la musculation et le temps et l’espace pour faire de la récupération.
Faire une bonne saison et si possible, monter en division supérieure.
La saison prochaine, tu vas évoluer en N1 avec Les Enfants du Forez. Pourquoi avoir choisi ce club ?
Le coach m’a appelé pour m’expliquer le projet. La saison passée, c’était leur première en N1 et ils sont allés jusqu’en quart de finale. Pour moi, c’est un bon travail pour un promu. Les retours que j’ai eu m’ont vraiment séduit sur les attentes du club, du coach, donc je l’ai choisi. Il faut savoir que je voulais avancer. Arrivé en N2, il me fallait entrer en France et évoluer en N1 pour montrer mon talent et me faire connaitre. Aller plus haut.
Quel est ton objectif la saison prochaine ?
Répondre aux attentes du club et participer collectivement à l’atteinte des objectifs du club. Faire une bonne saison et si possible, monter en division supérieure.
As-tu un club ou une ligue de rêve ?
Je n’ai pas de club ou de ligue de rêve. Tout ce que je souhaite c’est jouer en première division peu importe le championnat.
Comment résumerez-tu ton lien avec le basket ?
C’est de l’amour, de la passion, si je trouve un mot plus fort même je dirais. Parce que le basket c’est toute ma vie finalement alors que je l’ai commencé par hasard.
Le basketball était un sport pour les filles, c’était notre préjugé à l’époque
Raconte-nous ton histoire …
J’habite à Castors. Donc, pas loin de chez moi, il y a un grand terrain de basket. Moi, je fréquentais là-bas pour jouer au football. Oui, je suis un ancien joueur de football comme beaucoup (Rires). Un joueur j’y suis allé pour jouer au foot, on n’avait pas de ballon. Donc, je me suis assis pour regarder un jeune jouer et il m’a invité à le rejoindre. Je lui ai dit que j’étais footballeur parce que selon moi à l’époque, le basketball était un sport pour les filles. C’était notre préjugé à l’époque. Depuis, j’ai pris gout et j’ai continué à jouer le basket de rue. C’est en 2012 que j’ai intégré pour la première un centre de basket à Dieuppeul, Frabica Basket à mes 19 ans.
Comment l’ont accueilli tes proches, cette décision de devenir basketteur ?
Je pense que je suis le premier de mon quartier à jouer au basket. J’étais un jeune garçon très studieux. Quand j’ai commencé le basket, on m’a autorisé sous condition de bien réussir mes études. J’ai été à l’UCAO qui m’a plus donné envie de faire du basket avec les inter-classes et les clubs qui s’y entrainaient. J’ai compris que je voulais faire du sport de haut niveau, ainsi j’ai intégré DBALOC qui a été mon premier club, je faisais sports et études. J’ai joué là-bas en juniors et seniors en deuxième division.
« J’ai eu une discussion avec Benkali Kaba qui était coach là-bas, c’etait mon declic »
Et après DBALOC ?
En 2015, j’ai rejoint Mbour BC. J’ai eu une discussion avec Benkali Kaba qui était coach là-bas. Il m’a posé des questions sur mes débuts. Je lui ai expliqué que je n’ai commencé le basket il y a seulement 3 ans. Il m’a dit qu’avec plus d’efforts, je serais connu à travers le basket. C’était le déclic. Et avec lui, je m’entrainais tous les matins, à 5h du matin. Et je voyais des améliorations. C’est ce qui m’a vraiment motivé parce que les résultats suivaient. C’est dans cette période que j’ai fait du basket ma priorité. C’est vraiment dans le respect des entrainements, cela avec ou sans club, ma détermination que mes parents ont compris et m’ont laissé suivre ma passion.
Après il y a eu ce retour à Dakar …
On a joué un match Mbour vs Ouakam, c’est là que l’USO m’a suivi. L’année suivante je n’ai pas pu jouer avec eux parce que j’étais un joueur protégé. Disons que c’est deux ans après ce match que j’ai rejoint. Et mon transfert là-bas était un souhait des joueurs qui m’ont parlé avant le coach Libasse. Je peux dire que ce changement de club m’a forgé dans ma carrière. J’ai franchi une étape. J;ai vécu des choses avec coach Libasse qui était très exigeant avec moi. Il me criait dessus et me mettait souvent sur le banc. Il m’est arrivé un jour, lors d’un match, de pleurer. Mais c’était une belle expérience parce que beaucoup m’ont découvert à travers ce club. J’ai terminé meilleur passeur lors de notre finale en coupe Saint Michel.
Je m’entrainais 3 fois par jour et il m’est arrivé plusieurs fois de tomber malade.
Et le voyage en Algérie …
C’est coach Cherif qui m’a envoyé en Algérie dans ce club. Je n’y suis pas allé pour rester. Je voulais avoir plus d’expérience et changer de statut. C’était juste pour une année malheureusement il y a eu le Covid.
Puis tu es rentré au Sénégal pour après rejoindre l’AS Douanes. Pourquoi ?
Il n’y a pas un joueur du championnat qui refusera un appel de l’AS Douanes. Tu joues des finales, avec des coéquipiers qui ont de l’expérience et un bon technicien pour coacher. En plus de la culture de la gagne qui motive chaque joueur à rejoindre. Et la cerise sur le gâteau, la BAL ! Je m’entrainais 3 fois par jour et il m’est arrivé plusieurs fois de tomber malade. Mais j’étais motivé pour montrer mon talent durant cette compétition.
De bonnes prestations à la BAL, tu as été le centre d’attention pour plusieurs fans qui t’ont découvert. Quel est l’impact de la BAL dans ta carrière ?
Toutes les opportunités que j’ai eues comme l’équipe nationale c’est grâce à la BAL. J’ai beaucoup appris sur le jeu, j’ai gagné en visibilité. Plusieurs personnes vivant en France, Cameroun m’ont envoyé des messages pour me féliciter. J’ai joue ici en championnat, seuls les gens d’ici me connaissaient. La BAL m’a fait donc gagner en notoriété. On était dans une bulle et l’organisation était parfaite. Tout était pris en compte même les vitamines que l’on prenait.
Ce geste m’a beaucoup marqué
Tu n’es sans doute pas surpris de la qualification de l’AS Douanes en finale cette saison !
Non ! La première participation, c’était pour découvrir. Cette année, vous avez vu les recrues et le travail abattu par le coach, l’encadrement, les joueurs. C’était logique donc pour eux de jouer la finale.
Puis après ta BAL, l’équipe nationale avec qui tu as dispute l’AfroBasket 2021, Comment s’est passe ton intégration dans l’équipe ?
J’étais vraiment content de recevoir ce coup de fil de Boniface Ndong. Et je me suis dit que le travail vient de commencer. L’équipe nationale est une famille. Les joueurs font tout pour t’intégrer. C’est vrai que je ne parlais pas dans le groupe. Un jour, lors de l’AfroBasket, Gorgui et Youssou m’ont appelé en me donnant une bouteille pour imiter le son. Ce geste m’a beaucoup marqué. A partir de ce jour-là, vraiment c’était facile pour moi.
Comment as-tu vécu l’élimination en demi-finale ?
C’était vraiment une mauvaise surprise. On a fait le plein en confiance après notre victoire contre l’Angola. Je me rappelle on discutait entre nous pour dire qu’a notre retour le président de la République va nous accueillir. Quand on a perdu contre la Cote d’Ivoire en demi-finale, c’était la pire nuit de ma vie.
Si tu devais donner un conseil à un jeune qui vient de démarrer sa carrière en basket, que dirais-tu ?
Le basket c’est du travail, de la discipline et de la confiance. J’ai deux petits frères qui jouent au basket, je suis tout le temps avec eux quand je m’entraine pour leur montrer que ces 3 choses sont incontournables.
wiwsport.com (NAF)























