Dans un entretien accordé à Onze Mondial, Mamadou Sarr est revenu sur la finale de la CAN remportée par le Sénégal face au Maroc. Une rencontre totalement folle, marquée par un penalty raté, des tensions autour du terrain et une prolongation finalement décisive pour les Lions. Le défenseur sénégalais raconte de l’intérieur les moments forts de cette soirée historique.
Titularisé lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc, Mamadou Sarr a vécu une soirée exceptionnelle, pleins de rebondissement, avec les Lions. « Quand le match commence, je me sens complètement détendu, même si je sais qu’il y a un enjeu. Plus les minutes passent, plus j’entre dans le match. Dès les premiers ballons, il faut se mettre dedans, comme chaque match, j’ai envie de dire. Je suis monté en puissance petit à petit. Oui, l’arbitre ne sifflait pas en notre faveur, mais je suis resté calme, l’équipe aussi, il n’y a pas eu d’énervement. Pendant le match, on se procure de belles occasions, à chaque raté, je me dis « Aaaaaah mince ». Mais on se remet vite dedans en se disant : si ça ne rentre pas maintenant, ça rentrera plus tard. Quand on marque, je pense que c’est bon, il y a vraiment but. Ensuite, je vois que non. Après, je me dis qu’il va voir la VAR, mais pas du tout. Comme il avait sifflé avant, on ne pouvait rien faire », a déclaré le joueur de Chelsea, revenant sur le but sénégalais marqué par Ismaila Sarr mais annulé par l’arbitre.
« Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate »
« Derrière, penalty pour le Maroc. Moment dingue ! Pour être honnête, je ne savais même pas qu’il y avait penalty, je n’ai rien vu, car l’action se passe derrière moi. Je dis à Malick Diouf : « Il y a quoi là ? », il répond : « Je ne sais pas, je l’ai touché un peu mais il s’est laissé tomber ». Je lui dis : « Mais non, jure ?! ». Quand l’arbitre va voir la VAR, on est tous choqués. Derrière, une bagarre éclate sur le côté, le match est arrêté entre guillemets. Le coach nous dit de rentrer au vestiaire, du coup, on rentre au vestiaire. Et ensuite, Sadio et le coach nous disent de ressortir. Du coup, on ressort. À ce moment-là, c’est la folie dans ma tête, comme dans celle de tous les spectateurs. Tu te dis : finale de CAN, on sort du terrain. Cet épisode n’avait pas lieu d’être. Mais bon, je pense qu’on a fait une erreur, chaque être humain fait des erreurs dans la vie. Ça nous servira de leçon. En parallèle, il y a une bagarre entre nos supporters et les stadiers, je vois ça de loin, car je suis myope, donc je ne comprends pas trop ce qu’il se passe. Je n’y prête pas trop attention. Je suis focus sur le penalty et le fait qu’on va potentiellement perdre le trophée contre le Maroc. Quand je vois qu’il tente une panenka et qu’il loupe, c’est juste DINGUE ! Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate. Après le loupé, on ne réagit même pas parce qu’on est sous le choc. On passe de devoir rentrer dans son club sans médaille, ni célébration, ni trophée, à rester en vie. Le match continue avec encore la possibilité de gagner la CAN. C’est ouf. Si on n’a pas réagi après le loupé, c’est vraiment à cause du choc. Le choc émotionnel était tellement puissant. J’ai rarement ressenti ça dans ma vie, c’est indescriptible. On est passé du tout au tout comme ça, et l’arbitre siffle la fin du match. Juste dingue. »
« Dans ma tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque »
Pour la prolongation, tout s’inverse psychologiquement, on revient en mode guerrier. Les Marocains passent de : « On gagne la CAN qu’on attend depuis 50 ans dans notre pays à il faut refaire 30 minutes et charbonner ». Ils n’avaient pas le mental pour refaire 30 minutes, je pense. Surtout que c’est dur de se procurer des occasions durant une CAN. Dès le début de la prolongation, on ouvre le score grâce à Pape Gueye. Ce but est venu de Dieu. Au départ de l’action, je ne vois même pas ce qu’il se passe, je n’entends rien, je ne vois rien venir et là… but ! Je dis : « Mais non, c’est fou, on a marqué ? ». Ce moment était magnifique, impossible à décrire carrément. Quand Igamane se blesse, on ne comprend pas que le Maroc va finir à 10. On ne fait pas attention, on le comprend à la mi-temps de la prolongation lorsque le coach nous le dit. Dans l’euphorie, on n’a rien capté. On mène au score, moi derrière, j’étais encore plus déterminé. En mode : ils n’ont même pas le droit d’avoir une occasion. Ils n’ont pas le droit d’approcher notre surface. Je défends mon pays. Dans ma tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque. En fin de match, Chérif Ndiaye manque une très grosse occasion. Dans ma tête, je me dis : « Ouuuuh, faudra pas regretter ça ». Mais comme je te disais, on est un groupe, je disais : « Tant pis, on fera les comptes à la fin ». Le Maroc aussi a eu une grosse occasion, Nayef Aguerd touche la barre sur corner. On défendait en zone, je ne sais pas si je suis responsable sur ce duel (rires). Cette barre nous a donné de sacrés frissons. Le ballon est revenu en plus, avec un petit cafouillage. Et on arrive à se dégager.
« Toute cette histoire de serviette, je n’ai rien vu, c’était dans mon dos »
Quand le match se termine, je remporte donc le deuxième trophée de ma jeune carrière, après la Coupe du Monde des Clubs avec Chelsea l’été dernier. Mais il est vrai que là, la saveur était différente, c’était avec mon pays, une CAN, j’étais titulaire lors de la finale. Pendant la cérémonie, le stade se vide, mais on ne réalise pas qu’il y a personne dans les tribunes. J’étais au téléphone avec mes proches, on était heureux. En tout cas, ce que je peux te dire, c’est qu’il faisait bien froid avec la pluie (rires). On réalise vraiment les choses lorsqu’on retourne au pays, avec cette parade magnifique dans les rues de Dakar. C’était fort. Dans l’ensemble, tout le match s’est bien déroulé. La seule échauffourée, c’est l’histoire de la serviette. Mais je ne pense pas que Hakimi ait fait exprès. En tout cas, toute cette histoire de serviette, je n’ai rien vu, c’était dans mon dos. J’étais trop focus sur mon match. J’ai vu les vidéos sur les réseaux, j’étais choqué (rires). Oui, j’ai conscience que ce match restera dans les annales, on a arrêté le match, c’est inédit.
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