L’Equipe Nationale du Sénégal va affronter l’Égypte, ce mercredi à Tanger, en demi-finales de la CAN 2025. Pour la première fois depuis les lasers du Stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio. Sur fond de revanche et d’une rivalité grandissante entre Lions et Pharaons.
Les drapeaux rouges, jaunes et noires, avec l’Aigle d’or de Saladin au centre, fleurissent un peu partout dans le pays. Dans la douceur d’hiver, des milliers de supporters envahissent les rues de Caire. Le Stade International de la capitale égyptienne allait faire le plein. L’ambiance allait être pharaonique dans l’enceinte et la fête allait se faire jusqu’au bout de nuit, et bien plus encore quelques jours plus tard. En ce 7 février 2006, l’Égypte se qualifie pour la finale de « sa » CAN… en battant l’Equipe Nationale du Sénégal. Au terme d’un match électrique, les joueurs d’Amara Traoré subissent une défaite cruelle (2-1).
Du « scandale » au Caire à la gloire à Yaounde
Cruelle, en effet, et difficile à digérer. Les Lions ont longtemps fait jeu égal, ils ont fait preuve de caractère en revenant au score, grâce à un superbe coup de casque de Mamadou Niang, mais le sort en a décidé autrement, à l’image de ce penalty sur Diomansy Kamara incroyablement oublié, à 1-1 du match. « C’était un scandale d’arbitrage, un match scandaleux contre le pays organisateur, fustigeait l’ancien international Ferdinand Coly il y a quelques années. Ça nous a coûtés cher. Nous avons été volés ce soir-là. Ce match est resté en travers de ma gorge. On ne peut pas faire perdre une équipe dans des conditions pareilles ». Voilà comment le Sénégal avait, en partie, rater sa deuxième finale de CAN.
Il a fallu aux Sénégalais d’attendre huit ans pour retrouver les Égyptiens. Pas de piège cette fois-ci : en 2014, dans le cadre des qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations 2015, les Lions remportent leurs deux matchs face aux Pharaons. Ça, c’était juste pour le remplissage du contrat. Car huit autres années plus tard, la rivalité entre les deux nations allait atteindre les sommets. Cet antagonisme a franchi un point culminant sur ce tir au but de Sadio Mane, le 6 février 2022 à Yaoundé, lors de cette fameuse finale de la CAN au Cameroun. En transformant son tir au but, après avoir raté un penalty en début de rencontre, la star des Lions n’avait pas seulement fait vivre un bonheur éternel à son cher pays. Il avait aussi déclenché une immense désillusion et une terrible frustration sur la terre des Pharaons, privés d’une huitième étoile. Un peu moins de deux mois plus tard, les Égyptiens s’offrent une revanche. Ils veulent faire suivre aux Sénégalais le Mondial 2022 depuis la télé.
Les lasers ou la vengeance est un plat qui se mange froid
Les deux finalistes de la CAN s’affrontent déjà en barrages pour une place à la Coupe du Monde au Qatar. Le match aller est au Caire, l’occasion est très belle pour les locaux, pour laver l’affront. Le match se passe aussi dans les tribunes. Les supporters égyptiens sont munis de fumigènes et de lasers. Ils bloquent la vue des joueurs sénégalais sur des actions clés, notamment sur les coups de pied arrêtés. La rencontre ne se passe pas comme prévu pour les hommes d’Aliou Cissé, battus 1-0 par un csc de Saliou Ciss et donc dos au mur avant le retour quatre jours plus tard, sur le sol sénégalais.

Ce match est préparé minutieusement par la bande à Cissé… mais aussi par les supporters qui prévoient de venir au stade. Conscients de ce qui s’est passé à l’aller, quelques-uns envahissent les lieux de vente de lasers. Diamniadio allait être vert. Et les joueurs égyptiens allaient subir la colère des supporters sénégalais, provoquée par les leurs au Caire. Hasard du destin, c’est sur un csc dès, la 4e minute, comme à l’aller, que le Sénégal a inscrit son but. Dans la foulée, les visages de Mohamed Salah et de ses partenaires, accueillis par les sifflets, sont teints en vert. Ils sont pratiquement aveuglés.
C’est peu dire qu’ils ont payé les pots cassés. À tel point qu’ils ont été fortement perturbés lors de la séance des tirs au but remportée par le Sénégal. « L’équipe égyptienne a fait l’objet de racisme après l’apparition de banderoles offensantes dans les tribunes du stade à l’intention des joueurs, en particulier Mohamed Salah, le capitaine. Le tout documenté par des photos et vidéos jointes à la plainte ». Quelques heures après l’officialisation de leur absence au Mondial, la Fédération égyptienne annonçait avoir déposé une plainte auprès de la FIFA pour ce qui s’était passé au Stade Abdoulaye-Wade.

Mane – Salah, vrais voisins, faux amis
C’est dans ce contexte électrique que le Sénégal et l’Egypte vont se retrouver pour la première fois ce mercredi (17h00 GMT) à Tanger (Maroc), en demi-finale de la CAN. Alors que la plupart des acteurs sont toujours dans les deux équipes, notamment en ce qui concerne les joueurs, il sera bien question de revanche pour les Égyptiens dans le Stade Ibn-Batouta. Les Sénégalais, eux, vont tenter de confirmer la bonne dynamique face à cet adversaire, et effacer, en quelque sorte, la désillusion de leurs ainés lors de la demi-finale en 2006. Vu qu’une finale est en jeu, il y aura forcément un vainqueur. En cas de nouveaux lasers, de duel musclé ou d’accrochages entre joueurs sur la pelouse, la rivalité sportive entre le Sénégal et l’Egypte pourrait encore monter d’un cran. Et devenir l’une des plus fortes d’Afrique.
Il faudra aussi surveiller de très près ce duel entre Sadio Mane et Mohamed Salah. Coéquipiers à Liverpool pendant de nombreuses années, les deux stars, qui ont remporté deux fois le titre de meilleur footballeur africain de l’année, n’ont jamais été les meilleurs amis au monde. Bien au contraire, les deux numéros 10 ont parfois été en conflit. « Je suis quelqu’un de plutôt discret, donc je m’entendais bien avec tout le monde dans l’équipe. Je pense que Mo’ est aussi un gars très sympa. Mais sur le terrain, vous l’avez vu : parfois il me faisait la passe, parfois il ne me la faisait pas. Seul Bobby’ (Roberto Firmino) partageait toujours le ballon », s’est d’ailleurs récemment remémoré Mane dans un épisode du podcast Rio Ferdinand Presents.
« Caire 86 »
Avant la demi-finale de 2006, le Sénégal et l’Egypte s’étaient déjà affrontés à sept reprises (deux victoires, deux nuls, trois défaites). La première fois remonte en 1986, une rencontre qui a aussi son histoire, et pas n’importe laquelle, dans cette confrontation. Après 17 ans d’absence, les Lions retrouvaient la scène continentale. Pour leur première sortie, ils doivent en découdre avec le pays hôte, qui n’est ni plus, ni moins que l’Egypte. Il faut dire que le Sénégal n’a jamais été ridicule dans ce duel. Courageux face à des Egyptiens emmenés par leur public, les partenaires de Thierno Youm ont même réussi à créer un véritable exploit en faisant chuter les Pharaons (1-0). L’unique but de la victoire est l’œuvre de l’ancien ailier du Jaraaf, passé par le Stade Lavallois, le FC Nantes, l’Etoile Sportive de Tunis ou encore Avignon. Une réalisation qui marquera à jamais une grande partie du football sénégalais. « Caire 86 » est dès lors devenu très populaire au Sénégal.
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