À 26 ans, Amadou Ciss, natif de Guédiawaye, trace un parcours atypique entre la France, les Pays-Bas et la Turquie. Ancien international U20, ayant disputé la CAN et le Mondial de sa catégorie, il a choisi cet été de poursuivre sa carrière dans le Golfe avec Al-Arabi. Rapidement devenu titulaire indiscutable, il compte déjà deux buts et une passe décisive. Dans cette interview accordée à Wiwsport, il revient sur ses choix forts, ses sacrifices, ses regrets, tout en rappelant ses ambitions et son rêve de porter un jour les couleurs de l’équipe nationale A.
Entretien.
Depuis votre arrivée, vous jouez régulièrement. Comment analysez-vous vos performances cette saison ?
C’est juste une continuité. Je jouais déjà dans un championnat similaire en Turquie. C’est vrai que là-bas c’était plus physique, mais ici c’est une suite logique. Je suis dans cette lancée au niveau des performances. Je ne marque pas beaucoup, mais sur le terrain je fournis beaucoup d’efforts, ce qui me permet d’être titulaire chaque week-end. J’espère que ça va continuer, et surtout marquer des buts, ce serait important aussi.
Quels aspects de votre jeu avez-vous le plus travaillé pour vous adapter au championnat saoudien ?
Ici le championnat est un peu tactique, un peu « bizarre » rires. On garde davantage le ballon, on travaille plus sur la maîtrise du jeu. Si on arrive à bien gérer cet aspect, on pourra gagner des matchs. Mais ça va.
Quels sont vos objectifs à court terme avec votre club cette saison ?
C’est un petit club, on joue surtout le maintien. Mais c’est le football, tout peut arriver. Tu peux viser le maintien et finir en barrage ou même jouer la montée, et inversement. Personne ne sait, mais quand même, notre objectif est de maintenir le club. J’ai 26 ans. Ma carrière m’a amené en Arabie saoudite, et j’aime beaucoup le pays. On ne sait jamais dans la vie. Pour l’instant je suis là, je vais continuer à travailler, et pourquoi pas retourner en Europe.
Qu’est-ce qui vous a vraiment poussé à choisir l’Arabie saoudite, au-delà du côté sportif ?
Ce qui m’a poussé à venir en Arabie saoudite est simple, déjà c’est un pays musulman, et chaque musulman rêve d’y aller, même en dehors du football. Le fait de visiter La Mecque et d’accomplir les piliers de l’islam, c’est une opportunité à saisir quand on en a la chance.
Certains disent que vous aviez le talent pour vous imposer durablement en Europe. Ressentez-vous des regrets ou un sentiment d’inachevé ?
Ce n’est pas la première fois qu’on me dit que j’ai le talent pour jouer ou rester en Europe. Mais parfois, le talent seul ne suffit pas, la chance compte aussi, et l’environnement a également son importance. Ce n’est pas fini, c’est inachevé, comme tu l’as dit. Donc j’espère, Inch’Allah, pouvoir retourner en Europe, mais on ne sait jamais dans la vie. Pour l’instant, je suis bien ici, Alhamdoulilah.
Selon vous, quel a été le moment où votre carrière a perdu le plus d’élan, et pourquoi ?
Comme je l’ai dit, c’est surtout la volonté de Dieu. Je ne dirais pas que j’ai perdu mon élan, même si nous avons tous une part de responsabilité. Je dois continuer à travailler pour maintenir le cap, car dans le football, il y a toujours des hauts et des bas. J’ai de grands regrets concernant ma période à Amiens, en France. J’aurais dû m’imposer là-bas, mais ce que j’ai montré ne suffisait pas, et l’enchaînement des prêts a été ce qui a le plus freiné ma progression.
Quel a été le plus gros sacrifice que vous avez fait pour continuer à avancer dans ce métier imprévisible ?
Mon plus grand sacrifice dans le football a été de ne pas me focaliser uniquement sur l’argent. En 2020, j’avais reçu des propositions tentantes, mais j’ai décidé que ce n’était pas le moment. Je n’ai pas suivi l’argent, je voulais d’abord me faire un nom et atteindre mon objectif qui est d’intégrer l’équipe nationale, c’était mon but.
Humainement, qu’est-ce que vos années loin du Sénégal vous ont appris sur vous-même ?
Je suis loin du Sénégal, je me sens quand même proche de mon pays, car je suis entouré de ma famille et je me sens bien avec eux. Tout va bien de ce côté-là.
Depuis votre arrivée, qu’est-ce qui vous a le plus marqué : le niveau du championnat, la pression, le cadre de vie, et vivre et jouer en Arabie Saoudite représente-t-il un défi particulier pour un joueur africain ?
Ce que j’ai observé depuis mon arrivée ici ne m’a pas surpris, car c’est un pays musulman où les cinq prières quotidiennes sont respectées. Nous prions tous ensemble. Ce n’est pas quelque chose qui m’a vraiment impressionné, mais j’ai trouvé ça formidable. La vie en Arabie Saoudite dépend beaucoup de la religion et de l’ambition de l’équipe dans laquelle tu joues. Là où je suis, alhamdoulilah, il n’y a pas de pression, tout le monde est bienveillant, et j’en profite pour travailler et laisser ma marque. Je m’inspire d’Abdoulaye Mbengue, un joueur sénégalais qui a su s’imposer, se faire respecter et porter fièrement les couleurs du Sénégal. Je veux suivre son exemple dans ce championnat et faire exactement ce qu’il a fait pour que les Sénégalais aient une bonne réputation ici.
Vous avez joué pour le Sénégal en U20, avec un Mondial et une CAN. Pensez-vous encore à l’équipe nationale A aujourd’hui ?
J’ai joué avec l’équipe nationale lors de la Coupe d’Afrique et de la Coupe du Monde U20. Comme je l’ai dit précédemment, je fais mon travail et c’est Dieu qui décide. Aujourd’hui, le Sénégal compte de nombreux joueurs talentueux, mais Dieu merci, nous restons concentrés sur notre parcours. En 2019, j’avais été présélectionné à trois ou quatre reprises, mais le Covid est venu perturber les plans. C’est donc la volonté de Dieu.
Selon vous, jouer en Arabie saoudite est-il un frein pour être rappelé en sélection, ou au contraire une chance de vous relancer ?
Oui, ce sera difficile de revenir en équipe nationale, puisque je joue actuellement en D2 en Arabie Saoudite et je n’ai pas encore fait mes preuves au Sénégal. Si l’on prend l’exemple de joueurs comme Sadio Mané, Kalidou Koulibaly ou Edouard Mendy, ce sont des cadres qui ont déjà beaucoup accompli au Sénégal ; même s’ils jouaient dans des championnats moins connus, ils auraient été rappelés. Moi, si j’étais à ce niveau, je n’aurais aucun souci. Mais le football, c’est ça. Nous prions Dieu pour réussir et nous continuons à travailler dans notre coin.
En regardant votre génération U20, certains ont percé en Europe, d’autres moins. Comment expliquez-vous ces différences ?
Ce n’est pas seulement une question de talent, c’est Dieu qui décide. Al hamdoulilah, plus de la moitié joue en Europe, ce qui montre qu’il y avait du potentiel dans cette sélection. Chacun a son destin, et personne n’aurait pu imaginer que je me retrouverais à jouer en Arabie Saoudite. Je ne vais pas parler du niveau du championnat saoudien, surtout quand notre meilleur joueur sénégalais y évolue. Mais je sais que si j’avais été au sommet de ma forme, j’aurais pu viser plus haut.
À 26 ans, sentez-vous que le meilleur de votre carrière est encore à venir ?
À 26 ans, nous sommes au milieu de notre carrière, et c’est ce moment qui va déterminer la suite. On peut connaître de grands succès comme des échecs, mais nous avançons dans une bonne dynamique. Inch’Allah, Dieu merci, le meilleur reste à venir.
Parmi tous les clubs où vous avez joué, lequel vous a le plus marqué, et pourquoi ?
Parmi les équipes où j’ai joué, celle qui m’a le plus marqué est Fortuna Sittard. J’y ai beaucoup appris sur le plan tactique. J’ai également beaucoup appris avec le coach Dabo en U20, puis j’ai continué à progresser avec un autre entraîneur par la suite. Ce sont toutes ces expériences qui m’ont le plus marqué dans ma carrière. Les gens m’ont très bien accueilli, je m’y suis senti à l’aise, et c’est ce qui explique pourquoi j’ai passé cette saison-là avant de signer à Amiens.
Avez-vous déjà pensé à quitter l’Arabie Saoudite pour revenir en Europe ?
Quel est votre plus grand rêve ou objectif, pour l’année prochaine ou pour la suite de votre carrière ?
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