90 minutes, et une petite victoire, voire même un point. C’est ce qui sépare désormais le Jamono Fatick d’une montée historique en Ligue 1, avant d’aller défier l’UCST Port Autonome dimanche, lors de la dernière journée de Ligue2. Ibrahima René Diouf, entraîneur, revient sur ce parcours et sur cette rencontre pour une équipe derrière toute une ville.
Bonjour coach. Tout d’abord, félicitation pour votre parcours. Pouvez-vous nous donner votre impression sur la saison ?
Merci pour les encouragements ! Mon impression sur cette saison est que ça a été une saison très longue. Tout le monde est fatigué. Nous, par exemple, avons démarré au mois d’août (2022), ça fera bientôt un an qu’on travaille. C’est épuisant, stressant et fatiguant. C’est un peu compliqué pour tout le monde, surtout pour les joueurs. Mais, nous, notre travail consiste à les gérer sur le plan mental. J’espère que la Ligue Pro va améliorer (son calendrier) la saison prochaine. On n’a pas constaté cette longueur sur ces deux dernières années, on avait une bonne planification. On a eu un Championnat très long cette saison. Ce n’est pas bon, non seulement pour la santé des joueurs mais c’est usant sur le plan économique.
Quelle a été la clé de votre réussite ?
Il reste encore une journée, donc on ne va pas parler d’objectifs atteints. Tout est possible en football. On va attendre après le soir de la 26e journée et on pourra dire si l’objectif est atteint ou pas. Pour le moment, ce n’est pas fini. Il reste un match à jouer et le football nous réserve parfois des surprises. Toutefois, le parcours a été honorable. Les joueurs ont beaucoup travaillé pour atteindre les objectifs. La clé de la réussite a été la solidarité. On a des joueurs réceptifs et qui aiment travailler. Ils ne lésinent pas à faire des efforts pour gagner des matchs à domicile ou à l’extérieur. Il y a également une raison importante : les dirigeants ont monté la barre très haute, en nous mettant dans des conditions optimales. Rien a été fait au hasard.
Ce match contre l’AJEL était une « finale ». Quels ont été vos mots à la causerie ?
On avait pas le choix contre l’AJEL. Après la défaite contre Keur Madior (3-1), on était à cinq points derrière AJEL. C’était devenu difficile. Il fallait gagner quatre matchs pour espérer accéder en Ligue 1. Maintenant, je pense qu’on est sur le bon chemin, mais il reste ce match contre le Port. On espère l’emporter à Dakar. Contre nous, AJEL avait le choix entre gagner ou tenir le match nul, contrairement à nous. Il fallait gagner pour continuer la course, au cas contraire disparaître complètement du peloton de tête. On a abordé ce match avec beaucoup de sérénité et de calme. Finalement, avec l’aide de nos supporters, on a eu gain de cause. Nous allons continuer à faire des efforts et prier pour que le Jamono soit en Ligue 1 dimanche prochain.
Avec cette victoire, vous avez presque un pied en Ligue 1. Était-ce l’objectif en début de saison ?
Le rêve de toutes les équipes en Ligue 2 est d’accéder en Ligue 1. Je ne connais pas d’équipes en Ligue 2 qui se dit n’avoir pas comme objectif de monter en Ligue 1. Ce serait un manque d’ambitions. On n’a pas fait des calculs. On savait que si on travaillait, avec le niveau de nos joueurs, avec la disponibilité des nos dirigeants, on pouvait aller titiller les équipes qui se classent en général dans le peloton de tête. Il n’y avait pas deux objectifs. L’unique objectif était de jouer la montée.
Justement, ce week-end, vous affrontez le Port pour la montée. Il y a-t-il un risque de déjouer et passer à côté du match sachant que l’adversaire n’a plus rien à jouer ?
Je ne vais pas qualifier ça de risque. Il n’y a que trois résultats en football : gagner, perdre ou faire match nul. On espère donc avoir une victoire, pas le contraire. Nous sommes sur une bonne dynamique, ça fait pour nous trois victoires consécutives. On essayera de mettre les moyens pour obtenir une victoire, mais on ne peut pas encore maîtriser notre résultat car tout peut arriver en football. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on mettra tous les atouts à notre faveur pour aller l’emporter face au Port. On est optimiste.
Aucune équipe de la ville de Fatick n’a jamais joué en Ligue 1, vous en êtes conscient ?
J’en suis conscient. Les garçons sont également conscient de ça. C’est ce que je leur dit tous les soirs, pendant les debriefs ou au cours des séances d’entraînements. Un footballeur doit écrire chaque année une ligne dans son CV. Ça ne sert à rien de jouer toute une carrière sans avoir rien gagné. Je leur dit tout le temps qu’il faut marquer l’histoire de cette équipe et de la ville de Fatick. Ils travaillent pour ça. Ce serait historique s’ils parviennent à faire monter le Jamono en Ligue 1. Fatick n’a jamais vécu de tel. Mais ce n’est pas quelque chose qui se décrète. Il faut continuer le travail pour cette dernière journée. On sera motivés et concentrés pour remporter ce match.
Sentez-vous le soutien de la ville de Fatick dans cette épreuve importante. Un mot pour les supporters avant ce match capital qui se jouera à l’extérieur ?
Les supporters ont joué un rôle extrêmement important, il faut l’avouer. Ces derniers temps, on a senti la ferveur ici, dans la ville. Tout Fatick est derrière son équipe. On reçoit des appels d’un peu partout. Les auto-motos s’arrêtent même pour emmener les joueurs à l’entraînement. C’est important. On a le soutien d’ici et d’ailleurs. Les supporters sont venus en masse lors du match contre AJEL pour pousser l’équipe. Je leur dis bravo. Nous ferons tout pour ne pas les décevoir. On veut les rendre heureux en essayant de rentrer dans l’histoire de la ville de Fatick. Que Fatick ait un club dans l’élite du football sénégalais !

wiwsport.com (propos recueillis par M’Bagnick Dione)












