
Il avoue que, lui aussi, n’a pas pu s’empêcher de sourire quand il avait vu, sur YouTube, cette vidéo insolite. Celle où l’on aperçoit Eric Moussambani, représentant de la Guinée équatoriale, plonger avec appréhension dans la piscine des JO de Sydney, en 2000. Seul dans sa série, l’Africain avait fait marrer plus d’un spectateur et d’internautes, en nageant la tête hors de l’eau comme un joueur de water-polo. Même le Baron de Coubertin s’était retourné dans sa tombe, en esquissant, ce jour-là, un petit rictus.
«La situation était comique, c’est vrai, mais de l’autre côté j’ai eu de la compassion pour lui.» Contrairement aux commentateurs, qui craignaient qu’il ne coule, Ismaël Kane s’est mis à sa place et n’a pas éclaté de rire, le garçon est bien élevé. «J’ai une vie équilibrée à tout point de vue», confirme cet étudiant du Collège de Staël, en mention allemand, langue qu’il a apprise à Zurich ce printemps. «Quand Ge/Servette a été éliminé en demi-finale des play-off, je me suis drôlement fait chambrer en classe!» se marre-t-il.
Michael Phelps l’a fasciné
Ce fils d’un père sénégalais et d’une maman suisse est de nature joviale. Né à Plainpalais, il est apprécié et respecté dans le milieu, dans tous les bassins européens. «Ce sont mes parents qui m’ont donné envie de me jeter à l’eau, explique ce fan de Roger Federer, de Stan Wawrinka et de Timea Bacsinszky. En fait, poursuit Ismaël, mon père et ma mère voulaient juste que je sache nager. Après, j’ai hésité avec le foot et le judo, or quand j’ai vu Michael Phelps à l’œuvre en 2008, il m’a tellement fasciné qu’il m’a motivé à poursuivre dans cette voie.»
Devenu fan aujourd’hui de son camarade de club Alexandre Haldemann, il s’entraîne fort, huit fois par semaine pour, souhaite-t-il, «nager un jour plus vite que lui!» A l’instar de Swann Oberson, de cette championne du monde qu’il a aussi en admiration, les membres de Natation Sportive Genève, sa deuxième famille, le félicitent et l’encouragent à chaque fois qu’ils le croisent. «Je n’ai pas le niveau des meilleurs, mais il n’y a pas de quoi se moquer de moi non plus», sourit encore ce jeune espoir dont la joie de vivre communicative fait plaisir à voir.
Un podium à Renens?
Ce week-end à Renens, à l’occasion des championnats de Suisse, cet enfant de Genève visera même, dans les épreuves de brasse et de papillon, des finales «et pourquoi pas des podiums». En filigrane, ce binational qui fêtera ses 18?ans en octobre a surtout des images de Kazan qui défilent actuellement dans sa tête. Quand il ferme les yeux, il découvre cette piscine de République du Tatarstan, en Russie, où se dérouleront du 24 juillet au 9 août les prochains championnats du monde. Kane rêve d’un festival…
Aller au Congo
Sélectionné par son pays d’origine, avec cinq autres nageurs sénégalais, ce rendez-vous revêt beaucoup d’importance pour ce nageur à l’accent genevois bien trempé. «Ce n’est pas seulement le moyen d’acquérir encore plus d’expérience, mais pour moi c’est aussi l’occasion de me qualifier pour les Jeux africains, précise-t-il. Je dois faire partie des quatre meilleurs nageurs de mon pays pour aller au Congo au mois de septembre.»
C’est en 2011 que la Fédération sénégalaise l’a contacté. «Le chef Mohamed Diop recherchait activement en Europe des nageurs binationaux tentés de rejoindre l’équipe du Sénégal, poursuit Ismaël. La première fois, j’ai refusé. Mais il m’a ensuite relancé en me proposant le passeport. Puis de participer à des compétitions en en me demandant de m’améliorer en papillon pour que j’intègre le relais en 4 nages en papillon.»
Dans son pays d’origine, si les bassins olympiques de 50?mètres ne sont pas encore chauffés, son sport est en pleine effervescence. «La natation est évidemment moins populaire que le football mais il y a de plus en plus de jeunes intéressés qui rejoindront plus tard la France s’ils atteignent un bon niveau.»
Conscient qu’il est moins compliqué de représenter son pays avec le Sénégal lors des compétitions majeures, celui qui est «fier d’être Suisse» peut rêver désormais de disputer des JO. «Si je me qualifie à Kazan pour les Jeux africains, cela m’offrirait une possibilité de décrocher avec le relais mon ticket pour Rio. Ce serait vraiment la cerise sur le gâteau. Cela n’a jamais été pour moi une obsession, mais pourquoi pas, ce serait génial…»
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